Ouverture

J’aime me souvenir les feuilles d’automne, les dimanches au chaud chez mes parents, quand je n’étais qu’une enfant. Cette main soyeuse de maman sur ma tête, qui me tenait rassurée, et dont le geste simple, caressant suffisait à mon existence. C’était l’automne et on avait le droit à quelques sucreries. J’aimais goûter au chocolat chaud, tenir la tasse bien serrée pour qu’elle ne vacille, et contempler la lumière du soir apparaitre sur les toits voisins.

Aujourd’hui c’est l’automne encore, et je ne suis plus une enfant. J’ai grandi, j’ai 26 ans.

Ce blog est la réminiscence par écrit de ces huit dernières années.

Nous sommes le 21 octobre 2013 et cela fait quatre mois que je suis en rehab – désintoxication – renaissance. Mon esprit a repris son rythme, mon pouls est régulier, je m’endors à des heures convenables.

Non, il faut pas croire. Je suis une personne intelligente, douée et sociale. J’adore m’amuser, faire la fête, faire l’amour et rencontrer… c’est citable à l’infini. Je n’étais pas une junkie dans le caniveau, mais dans d’autres mesures, une junkie qui se cache bien. La cocaine, ça ne se voit presque pas.

Qu’a-t-il pu se passer pour que j’en arrive jusqu’au trou le plus profond et minable de mon existence ? Ce blog est pour tous jeunes qui ont perdu ce-quelque-chose, qui ont glissé à un instant où ils étaient seuls, ou simplement qui ont été aspiré dans cet infernal recherche de jeunisme, de fête et d’acceptation de soi au sein d’un groupe. J’ai eu beaucoup de peine à retrouver ce-quelque-chose perdu.

Le jour où j’ai décidé d’arrêter, pour la première fois, c’était en 2011. Oui je sais, j’ai mis plus de 2 ans. Et ça m’a coûté des dizaines de rechutes, des milliers de billets, des centaines de grammes. Comme quoi, ce n’est pas facile du tout.

Mais on y arrive.

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21 commentaires

  1. Salut à toi. J’arrive d’un autre blog (abandonné mais toujours fréquenté) où une personne a posté un commentaire avec le lien de ce site. Donc me voici.
    Je suis un ancien consommateur de morphine, j’ai rien à cacher. Aujourd’hui grâce au cannabis je suis guérit et j’ai une hygiène de vie qui n’a rien à envier à quelque usager de drogue que ce soit, en fait, qui n’égale aucune de toutes celles que j’ai connu jusqu’ici.
    Tu poses des questions qui se finissent pas un point?
    « Mais alors qu’a-t-il pu se passer pour que j’en arrive jusqu’au trou le plus profond et minable de mon existence. »
    Et si… et si tu l’avais quand même atteint (le fond) sans les drogues? Mano Solo disait (RIP) y a toujours plus profond que je fond. Je t’invite à y réfléchir. Ça t’invite à relativiser.
    Bon courage, je continuerai la lecture de ton blog, non seulement tu sembles aimer écrire, mais on a plaisir à te lire :)
    ++ Rafi (aka cynoque)

    1. Bonjour Rafi
      merci pour ton message.
      Je pense que malheureusement que si je n’avais pas été jusque là, je n’aurais pas touché le fond ainsi.
      Je vais en parler par la suite.
      Mais ce qui est sûr, c’est que d’avoir touché ce fond m’a permis de revenir.

      A bientot
      take care !
      Juliette

  2. Tu écris très bien, et ton histoire est utile. Lire c’est un peu vivre par procuration, quelquefois on peut se poser la question de la coke, être tenté. Il suffit peut-être d’un partage comme le tien pour se rendre compte du piège. Bizzz et merci…

  3. J’ai dévoré tous les articles de ton blog (pas dur, ils sont assez peu nombreux … pour l’instant). Et je ne peux te dire qu’une chose : tu écris trop bien pour laisser ton talent se gâcher. Alors continue, et lutte. J’allais te balancer un aphorisme débile, mais j’ai bien l’impression que c’aurait été une mauvaise idée … Donc continue, lutte, et gagne.

  4. Longue vie à ce blog sans fausse pudeur, sans censure : j’ai tout lu, tu dis les choses cash, telles qu’elles arrivent, telles que tu les a vécu et avec ce recul suffisant pour que nous autres « ceux qui ne savent pas » ; « ceux qui voudraient bien » ; ou « ceux qui croient que ça ne leur arrivera pas » puissent comprendre. Continues et merci !

  5. J’ai connu ton blog grâce à un article de konbini. Ça m’a fait plaisir de te lire, surtout de lire quelque chose de vécu sur le sujet, raconté avec des mots simples qui ne prennent pas l’accent de starlettes aux lunettes noires. C’est instructif de lire ton témoignage, celui du revers de la médaille même si l’on a conscience que cela existe cela reste un univers flou caché entre les murs de centre de desyntox. Merci et bonne continuation !

  6. Très beaux articles, je me retrouve dans tes écrits , moi aussi j’ai arrêté de renifler de la blanche après trois ans de consommation quotidienne, ça fait un an maintenant.
    Mon mec est Dj à Paris , et la c circule comme les clopes dans notre groupe d’amis.
    Maintenant que je suis clean, je ne veux plus voir de coke chez moi, et souvent je passe pour une chieuse…
    Parfois je rêve qu on me propose une trace et que j’arrive pas a dire non, mais en me réveillant je sais que je n’en veux plus … Pour l’instant. Je sais que quand je recommencerai à sortir , j’aurai beaucoup de mal à résister , je ne sais pas comment tu arrives a résister quand tu vois tes amis consommer… Je te tire mon chapeau!!
    Fais tu aussi des rêves de cocaïne ? C’est drôle parce que j’ai aussi arrêté le cannabis que je consommais quotidiennement aussi mais je ne rêve jamais de beuh…

    Merci pour ton très beau témoignage. !

  7. J’ai adoré te lire, tu es vraie dans ce que tu racontes sans te la jouer. C’est un vrai plaisir. J’ai vécu quelque chose de similaire à ton histoire j’ai pourtant commencé plus tard que toi mais il m’a également fallu 2 ans pour vraiment m’en sortir. Et il m’a fallu tout autant pour ne plus y penser tous les jours! Quand pour la première fois j’ai réalisé que je n’y avais pas pensé ne serait-ce qu’une seconde depuis 1 semaine, là ça a été une véritable victoire.
    J’ai retrouvé beaucoup de choses dans ton vécu, je me rappelle m’être dit une fois « Qu’est-ce que je penserais de moi là, maintenant, si je rentrais dans cette chambre où je prends une dernière trace avant d’aller me coucher? »
    Tes 10 astuces sont pertinentes mais celle que je mettrait en premier pour moi c’est les souvenirs des pires descentes. C’est bien celle-ci qui m’a le plus aidé à tenir. Et aussi de couper avec mes « amis ».
    Aujourd’hui, 15 ans après, quand je raconte cette période de ma vie mes amis hallucinent! Ils n’auraient jamais imaginé…. Et pourtant! Après en avoir eu honte je peux en parler sereinement maintenant, ça fait partie de moi, je suis passée par là et s’il m’a fallu passer par là pour être ce que je suis alors, ok. J’ai un boulot que j’aime (thérapeute!), 2 merveilleuses petites filles et des amis qui m’entourent pour autre chose que pour de la blanche et/ou du cul.
    Bref, bravo pour ton blog, et surtout bravo de tenir! On ne dit pas à quel point c’est difficile et toi tu le fais très bien.

  8. Je ne sais plus comment je suis tombée sur ton blog, en cliquant de lien en lien, mais bien que je ne sois pas vraiment concernée, j’ai lu tous tes posts avec grand intérêt, j’aime bien ta manière directe et belle d’aller droit à l’essentiel. Je me suis vue revivre les années ou j’ai eu 20 ans, les tentations arrivant de toutes parts, moi aussi je viens de Lyon, je suis allée vivre à Paris, via Londres ( sa vie creative, ses squats, ses drogués…) peut-être ai-je été confrontée à la déchéance de la drogue avant son côté séducteur? Peut-être est cela qui m’a toujours empêché de commencer? De percevoir la vraie misère du junkie, les nuits qui se mélangeaient aux jours, l’absence totale de projet, tout ça a du contribuer à me retenir d’y tomber…? Mais ils m’apparaissaient comme tellement glamour, ces êtres décharnés, musiciens, écrivains, avec l’air de poursuivre quelque chose de génial, tellement supérieur à ce que moi, petite française so innocent pouvait bien vivre…
    Des années plus tard, de par le milieu dans lequel je travaillais -la musique et les tournées internationales, j’ai été confrontée à nouveau à toutes les substances possibles et imaginables, et là, c’était plus du tout pareil, ben oui, c’était juste hype et tellement facile…en plus, tous les gens cools prenaient de la coke, c’était presque la norme quoi!
    Donc j’ai essayé. Faut pas mourir idiote. Oui, bien sûr, la première fois, c’est très drôle! C’est comme parler après avoir aspiré l’hélium d’un ballon. On sait bien que ce n’est pas tout à fait soi, on se sent même carrément supérieure au reste du monde, légère, bien, in control quoi! Et qu’est ce que les autres sont énervants à parler si lentement!!!
    Et puis de soirée en soirée, on les repère vite, ces beautiful people avec les yeux si brillants et tellement de  » joie de vivre », d’entrain, d’énergie… Et quand ils me parlent, ce n’est pas vraiment moi qu’ils regardent, en fait, leur yeux me traversent. Je ne me sens pas exister. Le seul moyen de me sentir exister serait de faire comme eux, hop une ligne…
    Mais la vie est trop courte pour gâcher autant de temps à remonter après la descente….que de matins perdus. Tu as raison quand tu dis le bonheur de se lever tôt pour aller se balader. C’est un des bonheurs de la vie. Il y en a tellement.
    Tiens bon Juliette. Je continuerais à venir faire un tour sur ton blog. La vie est tellement belle et tellement riche. Vraiment.

  9. Vrai, percutant et aussi glacé qu’un lendemain d’après-C..
    Pas de fausse morale et rien qu’une évidence que l’on lit bien trop peu ; tu m’as rappelé à bien continuer de dire à ce vieux démon que j’ai fréquenté avec excès d’aller se faire foutre, pour longtemps encore.. Merci du témoignage car pas évident, d’être à contre courant dans la fausse euphorie des nuits parisiennes (notamment)..

    A te dire, encore.
    Brice

  10. Toi on a envie de te faire des bisous! Courage, dors bien et profite bien de tes esprits retrouvés. Je suis tombé sur ton blog via une citation sur Konbini dans un article traitant de la c à Berlin que tu devrais lire, assez c-sissant. J’ai toujours trouvé cette drogue inintéressante et fake au possible, la vraie drogue du déni, ennui total, mais il me semblait que c’était retombé à Paris depuis 2-3 ans. Apparemment pas tant que ça…pourtant je trouve l’ambiance meilleure et moins agressive et stupide la nuit, ce qui est souvent lié. Hold on.

  11. Juliette, je me reconnais tellement dans ton discours. Ton blog est semblable à une auto thérapie et il me donne envie d’en faire de meme. Les plus belles histoires sont surement les histoires les plus vraies, celle qui proviennent du coeur.
    J’espere te lire encore. Tres bon courage à toi. N’abandonne pas…

  12. Tout comme léonie j’ai connu ton blog grâce à un article de Konbini.
    Ton blog est un témoignage touchant, vrai et qui fait réfléchir. Je suis resté un an avec un drogué (Coc, MDMA, Exta…). Je l’ai quitté après une énième promesse, je m’en suis beaucoup voulu car j’avais l’impression que sans moi ce serait pire, sauf que je suis partie pour aussi me « sauver » car peu à peu je me laissais entraîner par ses soirées, ses délires, ces drogues et après deux trois bad de trop je me suis décidé à partir et à ne pas plonger aussi loin que lui, à profiter de la lumière du soleil et non pas de la noirceur de la nuit. C’est encore dur pour moi de dire non quand en soirée on me propose des prods, même si je ne pense pas avoir été accro un jour, il est claire que j’aurai pu le devenir. Le plus dur c’est de se faire violence et d’éviter toutes les personnes « nocives ».

    En tout cas je vais te suivre, merci pour ces articles si bien écris et qui je l’espère apportent de l’espoir à d’autres personnes que moi.

    Bon courage en tout cas, ta démarche est une bataille.

  13. Merci à l’article de Konbini qui a relayé le lien de ton blog. On se retrouve beaucoup dans tes écrits, on a envie d’en lire encore plus, je ne suis pas un fan de lecture habituellement, mais à la fin de ton blog, je me suis dit « putain si seulement cette fille pouvait écrire un bouquin entier…! »
    J’en ai appris sur toi, mais aussi sur moi dans ce que tu dis. Malheureusement, je ne suis pas à ton stade, mais cela donne des forces, et beaucoup de motivation. On se sent coincé dans une vie qu’on a toujours un peu rêvé, mais dont on ne veut plus…
    J’espère que tu vas continuer à écrire, je serai ravi de pouvoir te lire!

  14. Je suis tombé sur ton bloc via celui de génération-berlin qui t’as cité dans un de ses articles.
    Ton blog me fait peur, me fait me poser des questions, me fait réfléchir. Je reconnais à travers tes articles mon possibles futur « moi ». J’ai 19 ans, et ai pris mes premières traces il y a deux mois. C’est drôle, joyeux, tellement fou et irréel. Je ne connais pas les redescentes mais je sens l’addiction arriver. Cela peut venir tellement vite! « Ce n’est rien, juste de temps en temps en soirées, je suis pas addict ». Des dires sans fonds.
    Ton blog me fait prendre conscience de la gravité de ces drogues, que ce soit coke ou mdma. Cela fait réfléchir. Je te remercie du fond du coeur, de la franchise et tes propos sans faux-semblants.
    Je reviendrais sur ton blog tout les jours, pour me faire prendre conscience et arreter de me voiler la face.
    Continue comme ça, et bon courage!

  15. Qu’est-ce que c’est plaisant de te lire, Juliette! Ca fait du bien en plus! Un livre, un livre, un livre!

  16. J’arrive à peine ici, sur ce qui pourrait etre mon mirroir.. Tu es très certainement la seule personne de ces dernières années -celles de MA descente aux enfers- qui m’ai offert autant de vérité sur ma condition pitoyable.
    Je reviendrai plus tard poser un autre commentaire (encore une prommesse que je ne tiendrai pas?… ) Je te trouve saisissante, honnete, et forte. Bien plus que moi.
    A cet instant je leve les yeux sur les derniers comments, puis tourne la tete sur cette assiette encore remplie.. et que je cherche à vider depuis 1 an ou 2. Tu n’as rien manqué.. Tout ca, toute cette poudre, te remplie bien plus de mensonges que de plaisirs. Tu n’as rien manqué… Mais à la différence de moi… tu le sais déjà.
    Merci pour toute cette vérité.

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