Quand tu oses l’overdose

Août 2010

Vacances en Provence. Ce soir, une m’emmène à une party dans une maison voisine, située à deux rues. Dans ce village, tout est proche, tout le monde se connait.

Déjà 21 heures, et le ciel reste toujours aussi bleu. Je grille une cigarette au balcon, une bière à la main. La musique, la chaleur sur mes cuisses nues. On boit doucement en espérant que les étoiles apparaissent (…)

Je remarque des allées et venues à la salle de bain. Quand tu aimes la cocaïne, tu sais très bien que les gens ne vont pas se laver les mains à trois. J’écrase ma cigarette sur la rambarde du balcon et je vais voir. Je frappe à la porte, et sans attendre une réponse, j’entre. Un jeune homme avec une casquette siffle une ligne sur le rebord du lavabo.

« C’est de la coke ?
— Oui… » il renifle : « Tu veux une trace ?
— Grave ! » mes yeux s’illuminent.

Je salive à l’idée de taper. J’appréhendais l’idée de passer toute une soirée sans. « C’est gentil », je lui dis en souriant de toutes mes dents. « Attends, je préviens mon amie. » Elle nous rejoint, on se sert avec nos cartes dans le pochon deux longues lignes pas très fines, pas très blanches non plus. On tape. Ça a un goût de chewing-gum à la menthe.

Et là, je ne sens plus mes jambes. Je tombe.

Quand je relève un peu la tête, je vois mon amie qui, elle aussi, gît par terre. Elle gémit, les yeux fermés. Mes oreilles bourdonnent, j’ai dû me cogner le front. Mais je n’ai pas mal, je ne ressens aucune douleur, ni aucun de mes membres. Rien. La peur m’empare, la chaleur aussi. Je suis moite et molle comme une pâte trop chaude.

On me relève, on tente de me mettre debout sur les jambes mais elles s’avèrent trop cotonneuses. Je dois me concentrer sur mes bras pour me tenir sur le rebord du lavabo. Ça scande soudain : « Mais vous êtes connes ou quoi ? Vous avez tapé tout ça ? C’est de la K ! » (ndlr : Kétamine)

La kétamine, ce n’est pas comme la cocaïne, mieux vaut en prendre dix fois moins pour éviter l’overdose.

Je ne peux pas répondre, j’entends à moitié, j’ai les jambes molles, la tête qui balance en avant, sur le côté. Puis, je m’évanouis. C’est lourd, c’est dur. Je sens mon corps évaporé, tiré de toutes parts. Puis des voix qui font échos autour de moi. On nous emmène quelque part.

Au fond de moi, une histoire se raconte. Mon père, ma mère et mon petit frère se tiennent là, debout à me regarder avec de grands yeux tristes, impuissants devant mon désastre. Je les contemple et je leur dis pardon. Pardon pour qui je suis, pour qui je suis devenue, faible et idiote. Pardon d’être la fille studieuse qui préfère s’amuser ainsi. Pardon de ne pas prendre soin de mon corps. Pardon de leur mentir, à eux et moi-même. Et pardon d’être partie si vite.

Parce que je le sens que je pars. Je vois des lumières. Beaucoup de lumières. Pendant des heures. C’est interminable. Jusqu’à ce que je n’en puisse plus. Je sais que je suis en train de mourir. Et ce n’est pas facile de mourir, ça fait mal, partout, comme d’énormes rochers qui t’écrasent et t’asphyxient. Je me laisse prendre, je ne veux plus me battre contre moi-même. Je meurs et c’est bien mieux ainsi.

Un gros poids, comme une tache sombre et lourde, tombe sur mon corps et je me réveille d’un coup (…) Je pleure longuement, suspendue sur mes bras maigres qui supportent un corps que je subis, épuisée.

(…)

J’ai de vagues flashs : qu’on nous transporte jusqu’ici… les clés… qu’on m’allonge sur le canapé. Et si nous étions mortes ? Et qui étaient ces gens ? Pourquoi avoir dit que c’était de la cocaïne alors que c’était de la kétamine ?

Quand mon amie se réveille plus tard, elle va bien. Elle n’a pas vécu le même enfer que moi. Elle lance d’ailleurs avec sourire « Le monde des Bisounours, cette drogue ! » j’ai cru que j’allais la gifler.

Parce que moi j’avais vu l’overdose, le vrai passage, la mort.

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22 commentaires

  1. Bonjour Juliette. J’ai pu lire certains de tes articles et je dois dire que tu es vraiment très intéressante à lire. J’avais juste envie de te dire quelques mots.. Je ne suis pas dans ce monde là, mon domaine c’est l’herbe mais je te comprends un peu. Personne ne fera le réel effort d’essayer de te comprendre. En générale, pour se sortir de la merde on est toujours seul. Il faut te donner une motivation pour arrêter, une motivation plus forte encore que l’envie constante de retomber dans ce milieu. Je sais que c’est toujours facile de parler et difficile d’agir, mais si tu n’essayes pas maintenant peut être n’en seras tu plus capable dans quelques années. Tu as peu être eu des événements dans ta vie qui t’ont fait flancher du mauvais côté de la barre.. En tout cas je suis de tout coeur avec toi car j’ai rarement vu des gens de ton milieu essayer d’en sortir, c’est tellement plus simple pour eux de continuer .. Il y a mon mail à ta disposition, si tu as envie d’en discuter n’hésite pas mais je ne pense pas que tu le feras ça n’a pas l’air de te ressembler mais bon :-)
    A bientôt, soit forte, prend sur toi, tu seras tellement heureuse si tu y arrives, rien ne t’arrêteras plus !

  2. Je ne vais pas dire que tu as eu de la chance — ce serait hypocrite au vu de ce que je pense de la vie — mais tu n’es pas passée loin.

  3. eh oui personne n’en a rienà foutre de ta gueule chez les tox.Peut-être même que la chose a été fait délibérement.Tiens on va s’amuser un peu, oui c’est de la c, vas y, tire, on va bien rigoler. C’est comme tes « copines » qui viennent tirer sous ton nez alors que tu as arrêté. L’égard n’existe chez pas chez les toxs. Je sais que c’est difficile de prendre le rôle de l’emmerdeuse de service, mais tu devrais interdire aux gens de tirer de la c chez toi. Si les gens ne sont pas capables d’eux même de faire preuve d’un minimum de respect envers autrui, c’est le rôle que nous sommes obliger d’adopter. Tu as fait une OD, moi j’ai fait un épisode psychotique avec cette merde et pourtant j’ai tjrs detesté cette drogue. Maids j’étais conne, amoureuse, loin(très) de chez moi et je ne supportais pas cette ambiance, alors pour mieux supporter, j’ai fait comme eux et j’ai payé,payé, payé……..et 15 ans après j’ai encore de légères séquelles. Continues ainsi, il y’a tellement plus de choses intéressantes et qui font du bien que cette merde….

  4. sans parler de tous le sang qui a été déversé pour que cette merde arrive jusqu’à ton nez, ni tous les gosses dont tu as « privé » d’étude puisque toi, gros pigeon, pour de la C qui est loin(très) d’être pur paie un prix si élevé octroyant un salaire qui dispense ces gosses de s’instruire. (le toi n’est pas contre toi juliette, il est général)

  5. C’est bien vrai. Moi ce qui me dégoute le plus dans tout ça, c’est tous ces cartels et ces mecs de cité (ces connards) que tu enrichis en achetant cette merde… J’ai lu tout ton blog et te félicite pour avoir arrêté mais je pense que c’est encore très frais et que tu dois encore prendre sur toi avant de ne plus vouloir en prendre de façon définitive. Comme tu le dis très bien dans un de tes articles, il suffit d’une fois pour replonger, même 3 ans après… Bonne continuation et continue à écrire, je te lis avec passion :)

  6. Salut Juliette,
    Je découvre ton blog un peu par hasard. Je te trouve très courageuse! Le chemin que tu as fait n’est pas facile à parcourir, je le sais pour l’avoir parcouru moi aussi. C’est une force que tu as en toi, la force de la vie. J’ai rompu avec pas mal de mes amis pour ces raisons, c’est pas facile de se retrouver seul… Et puis la vie se reconstruit différemment avec d’autres personnes d’autres intérêts.
    J’ai de temps en temps des news d’une ou l’autre personne par téléphone et ça me désole de les entendre être toujours au même endroit qu’il y a des années, leur histoires de soirées, de came, ne m’intéresse pas, ça me met en colère de les voir se foutre en l’air et ne pas évoluer. Maintenant, j’ai 37 ans, un super amoureux, une petite fille,… La vie est belle ou presque (presque parce que j’ai un cancer, mais là aussi je vais être la plus forte!)
    Enfin quoi qu’il en soit: Garde cette force de Vie en toi et continue ton beau chemin!!!
    XXX

  7. Ce sera mon dernier message sur ce blog et ma dernière visite. Hallucinant que les gens t’encense de la sorte alors que tu n’as fais que t’auto détruire, de par ta volonté. Moi j’ai des problèmes de santé et je vais devoir vivre avec toute ma vie. J’ai des idées noires par moment, envie de me tirer une balle entre les deux yeux et toi t’as tout pour toi et tu te bousilles la vie tout en tombant dans le larmoyant avec ces petits aveux et la famille et bla bla. J’ai envie de vomir.

    1. Bonjour Talisman,
      Envie de vomir tes problèmes de santé?
      Pour ma part je n’encense personne mais j’admire une démarche.
      Les souffrances ne se comparent pas.
      Je suis malade aussi et je vais devoir partager ma vie avec cette foutue maladie, je n’en veux pas à la terre entière. C’est dur, oui; je vais peut-être mourir, oui. Si je décide d’avoir la haine c’est de l’énergie que je perds pour me battre contre cette maladie et VIVRE.
      Alors oui, je dégueule parfois ma maladie, mais pas le reste pour autant. ;)

  8. Bonsoir Juliette,

    Bravo pour ce blog et ton courage. C’est un réel plaisir de lire tes posts, très fins et bien écrits. Je te souhaite une bonne continuation et au plaisir de te lire rapidement,

    Bon week end,

    Louise

  9. Coucou Juliette. Un vrai plaisir de lire ce blog. Au fur et a mesure des posts on s attache a toi, et on fini par avoir réellement envie que cette fois soit la bonne.
    Moi je suis une fille bien rangée loin de  » ce monde « , en dernière année de médecine. J ai eu l occasion de prendre en charge des sevrages alcool/drogue, +/- volontaire ( raisons médicales parfois ). Une des choses qui m a le plus surprise, c est le manque de confiance qu ont ces personnes. Peur d être jugées, peur d être balancée, je ne sais pas. Mais du coup elles gardent toutes leurs souffrances, leurs doutes en elles, ce qui rends le combat encore plus dur. Par ce blog j ai l impression que tu as trouvé un moyen de sortir tout ça, et ça ne peut qu être une aide pour toi! Continu, ne lâche rien !!! Tu as mon mail, si tu en as envi n hésites pas :)
    XoXo

  10. Bonsoir, j’ai lu tout ton blog et je le trouve très touchant. J’adore comme tu écris. J’ai eu une passe ou j’ai tester plein de chose (vers mes 16ans, j’en ai bientot 20 maintenant).. heureusement pour moi, en voyant mes potes se dégradé (gros bad, perte de pois hallucinante, plaque bizarre sur le corps, hopital, saute d’humeur, non respect de soi, echecs sur echecs.. ) j’ai vite compris ou ça me mènerai et j’ai vite arrêter.. mais je dois t’avouer que ne pas être consommateur quand toute les personnes que tu aime le plus le son, c’est difficile comme place aussi, surtout que t’essaye tout pour qu’ils arrêtent mais tu te sens affreusement impuissant. J’admire ta force en tout cas, tu atteins ton but, et c’est vraiment sublime que des personnes comme toi écrivent tout ça sur le net, ça aide des personnes, surement et j’en suis sur. En tout cas, j’espère pour toi que tu tiendras le coup. Bon courage !
    Bisous :)

  11. Bonjour Juliette,

    Je lis tes articles depuis quelques semaines maintenant, comme beaucoup apparemment. Je ne suis ni dealer, ni consommateur de substances illicites, et je bois rarement, je l’avoue. Sans pour autant profiter de ma jeunesse, je vis sans tous ces vices et leurs conséquences. À vrai dire, j’en ai d’autres, le chocolat et le café en font parti. Je prends du poids, certes, je dors peu, allons, la jeunesse et les excès sont deux notions inséparables !
    Je t’écris car je suis sûr qu’un soutien supplémentaire est important, je commets ces quelques lignes car il est aisé de comprendre que la lutte pour ne pas rechuter est âpre. Je chéris l’espoir que je lis dans ces morceaux de vie que tu choisis d’offrir en témoignage à tous les dépendants. Merci pour ta sincérité, et courage, courage …

    Au plaisir de te lire à nouveau,

    RF

  12. Boujour Juliette,
    Je découvre ton blog aujourd’hui, un peu par hasard. Au début, je ne comptais pas le lire en entier, je voulais juste voir ce que c’était. Mais ta façon d’écrire et ton histoire m’ont touchées. J’ai tout lu, je dois t’avouer que j’en ai eu des frissons à certains moments.
    J’ai 20 ans et je suis loin du monde dont tu parles ici, je n’ai jamais vu de cocaïne, aucun de mes amis n’en consomment et pourtant je sors pas mal. Je savais que ça pouvait pourir la vie mais ce que tu racontes ici, je ne pensais pas… Pas à ce point là du moins.
    J’admire ton courage et ta volonté, j’espère que ça va aller pour toi, que la vie va te réserver de meilleures surprises!
    Bonne continuation et continue à écrire, c’est une bonne thérapie. Et je pense que ça ne peut que faire du bien aux autres, autant pour ceux qui sont dans la même situation que toi, que pour ceux qui n’ont jamais touché à la cocaîne. Tu leur fais découvrir un autre monde, un monde qui peut paraitre cool de l’extérieur mais qui ne l’est en fait pas du tout, tu les préviens de ce qui peut les attendre si jamais ils commençaient.
    Bon courage!
    Bisous. (:

  13. Bonjour Juliette,

    d’abord tout mon respect pour la force et le courage que tu montres. RESPECT !
    Et pour ce que tu ecris aussi.

    Moi je n’ai pas fais de c dans ma vie, juste une fois, pour gouter et ca m’a suffit pour comprendre toute l’hypocrisie et les degats que cela peut faire, on peut dire que j’ai eu de la chance car la c a toujours tourne dans les milieux que j’ai frequente, apparement j’ai un ange gardien car la tentation etait la, grande et toujours presente.
    J’ai vu le passage de l’X a la c dans le milieu que je frequentais le plus, que j’aimais et cherissais tant: la fete, les clubs, les parties folles et superbes jusqu’aux petites heures de l’aube. Dieu sait (s’il y en a un) combien j’ai aime ca, faire la fete, l’attente du vendredi soir, l’excitement avant de rentrer dans le club….
    J’ai vu comment la petite pillule « d’amour » a ete remplace partie apres partie par la ligne blanche, comment petit a petit le dance-floor se vidait car le trajet bar-toilettes devenait plus important que s’amusait vraiment, danser, crier, hurler ensemble sur la montee du morceau. J’ai vu mes meilleurs copines se degradaient, perdre leur superbe et magique en se vendant presque dans des toilettes qui devenaient sordides pour quelques centimetres de poudre blanche..
    Pour moi la c a presque tue la scene de la nuit dans ma ville, en tout cas elle m’a assez degoute pour arreter de sortir..

    Je te souhaite tout le meilleur dans ta vie et continuation.
    Bises !

  14. Et si tout ce blog n’était que fake?
    Si ce blog n’était que la pale copie d’un concept vu il y a 10 ans sur Skyblog avec l’histoire d’une gamine qui se faisait sauter par un prof au lycée ? tout ça pour se manger un article 1 an après qui disait : « merci pour tout mais cette histoire est fausse, elle sera dans vos salles de ciné à partir du ….  »
    Si on s’attachait à une personne fictive qui n’a rien vécu de tout ça ou qui ne cherche d’un but commercial pour lancer son film/livre… ?
    J’aime ce blog je ne dénigre pas pour autant ce qu’il y a dedans. Mais je me demande juste si ce n’est pas juste du tout fait de pro qui se sert de la comm. actuelle, internet, pour se faire un nom et créer le « buzz » plus tard afin de vendre places ou bouquins…

    1. Bonjour Chapoleon, si tu réfléchis bien c’est impossible parce que j’ai pris le nom « Moi, Christiane F » pour en faire « Moi Juliette F » donc déjà il y aurait des soucis de droits.

      J’ai ouvert ce blog de façon très naïve pour faire partager mes ressentis. Il fonctionne et c’est une belle victoire. Après j’ai commencé à écrire un livre mais aucun éditeur ne m’a encore approchée.

      Et quelle tristesse si c’était fake sur un sujet si sensible !

  15. Oui , la kéta c’est redoutable . J’ai été piégé de la même façon et j’avoue que je n’y retoucherais plus . Trop hard ce truc .
    Sinon , j’aime bien ce que tu écris . Ta sensibilité y transparait.
    Les réponses que je trouve drôle sont celles des moralistes à deux balles , elles décrispent les zygomatiques ;-)

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