Mois: mars 2014

Merci Paris Match et Grazia !

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« Tous les messages que je reçois aujourd’hui donnent du sens à ce que j’ai traversé. C’est une étape importante de ma vie dont je me souviendrai sur mon lit de mort. Moi qui avais l’impression d’être exceptionnelle, je réalise qu’avant ça, je n’avais jamais rien fait d’important… » L’interview en entier par ici: Paris Match

Et trois pages dans le Grazia du 21 mars 2014 :

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Avant/Après : le résultat de 9 mois clean

Clap, clap, clap ! Ahlala : je mérite de m’auto-applaudir. Pas une ligne, niet, nada depuis 9 mois. Je revis ! Quelle liberté ! C’est fou !

Imaginez en 9 mois tout ce que j’ai pu faire au lieu de penser à ça, de faire la fête, ou de rester au fond du lit. Bientôt c’est le printemps, et je suis heureuse de l’attaquer peau-neuve. Je vous avez promis dans un article précédent, un topo avant/après. Et les mecs, ne passez pas votre chemin, cela peut aussi vous concerner. Merci.

Les 3 premiers mois : Aucun changement notable.
Je restais la fille instable, pleine de sautes d’humeur positives ou négatives. Physiquement j’étais très mince, trop mince. Des cernes autour des yeux que l’on tente de camoufler. Les cheveux très secs. Les ongles qui cassent en couche. Et cette vague impression d’être constamment poussée vers le vide.

Quand je buvais en soirée, très vite j’étais bourrée vue que je n’avais plus la coke pour tenir. J’ai donc redécouvert les joies de la drink-attitude de mes 17 ans : au bout de 4 verres, j’allais dormir.

D’octobre à janvier : le grand bouleversement. 
Mon pouls a ralenti et j’ai commencé à sentir la fatigue d’années de consommation. Je suis moins sortie, j’ai rangé mes talons, j’ai sorti mes pulls. L’hiver approchait aussi, peut-être est-ce lié ? En tout cas, durant 4 mois, j’ai un peu hiberné. Pour me protéger de toutes tentatives mais aussi parce que s’opérait en moi un changement délicat qu’il ne fallait surtout pas brusquer.

Niveau physique, j’ai pris 6 kilos : normal, rien de méchant, simplement ce que la cocaïne m’enlevait de gracieux. Mais sur les 6, je pense que la moitié venait de l’arrêt de la cigarette.

Mes cheveux ont poussé plus vite, sur la base ils sont devenus extrêmement brillants. Plus doux aussi, cela va de soi. Mes ongles ont repris du pep. Au niveau du visage, ma peau s’est embellie, plusieurs personnes m’ont fait la remarque, comme quoi j’étais rayonnante.

Comme je sortais moins, forcément j’ai fait moins de rencontres. Mais de toutes façons, avec ce bouleversement chimique en moi, je n’avais pas envie que l’on me touche. Ca a été comme une transformation que je devais faire seule. Je ne pouvais donc accueillir personne. Et ce fut très dur, pour moi, qui me connaissait comme une fille adorant l’amour, les rencontres, embrasser, draguer.

J’ai beaucoup dormi durant ces mois. Des nuits de 9 à 10 heures, à n’en plus finir. Je me suis laissée faire, j’en avais besoin. Avant, je dormais entre 5 et 6 heures, jamais plus.

Autres points, je me suis excusée, beaucoup. Auprès d’amis que j’ai pu blesser ou simplement dans le creux de ma tête. J’ai réussi à ne plus le vouloir ou lui en vouloir et ça aussi, ça a été une longue traversée.

Depuis fin janvier 2014 : les deux mois de renaissance.
Qui dit renaissance, dit phoenix.
Peau, nickel.
Ongle, nickel.
Cheveu, nickel.
Poids, qui s’est plutôt stabilisé, je me suis mise à la danse. Je dors bien. Je sors de nouveau. Je rechausse mes talons de 10 cm, je me sens belle et attirante. Je suis à l’écoute de mon corps. Quand je suis fatiguée, je fais une sieste. Quand je ne me sens pas de sortir, j’annule, tout simplement. Les moments d’angoisse chez moi, cette peur de louper le vernissage où tout le monde est, la soirée à ne pas manquer, l’opening blabla… tout ça, c’est bel et bien passé. Je m’en contrefous !

Sans pour autant avoir complètement changé, j’ai moins de sautes d’humeur, je suis plus raisonnée, et je vois clairement mieux mon avenir. Je fais de longues balades à vélo. Je passe des dimanches après-midis au parc sans avoir pour seul sujet de conversation « la coke d’hier » ou autres similitudes minables.

Je me suis inscrite à une oeuvre caritative et j’espère monter un groupe de parole pour les personnes qui sont ou ont été dans mon cas.

Et comme je suis une fille qui adore l’amour, les rencontres, embrasser, draguer, je te fais un bisou !

Juliette F.

L’arrêt ou comment devenir un point dans un trou

Tu as envie d’arrêter, tu veux arrêter. Ta décision est prise. Souffle un bon coup… C’est bien. Maintenant, le plus dur est peut-être à venir.

Dans un premier temps, tu vas te poser un millier de questions. Tout comme ces centaines de mails que je reçois, tu appréhendes vraiment la suite. Parce que depuis quelques années, ou quelques mois, tu as su t’affirmer grâce à la cocaïne, tu tapes en soirée, tu te sens confiant, tu parles beaucoup de toi et de toi face aux autres. Mais à partir de maintenant, sans elle, tu ne peux plus parler, tu vas devoir réfléchir. Et ça, ça fait mal.

Les questions que tu te poses :

— Comment vais-je dire non à une trace, une commande ?
— Mes amis, seront-ils toujours mes amis ?
— Est-ce qu’il vaut mieux que je sorte moins ?
— C’est bientôt mon anniversaire… et je vais devoir passer la soirée sans ?
— Est-ce que je vais tenir ?
— Et si je rechute ?

J’ai beaucoup lu dans vos mails « Grâce à ton blog j’ai décidé d’arrêter », et je vous réponds « Bravo pour la décision ! Tu es sur la bonne voie. Mais si tu rechutes, ne te blâme surtout pas. Si ça t’arrive, dis-toi que c’est toujours la même chanson : soirée – cocaïne – 11h du matin. Et qu’à la fin, c’est putain d’épuisant. »

Moi, j’ai fait deux rechutes, donc vraiment, ne te blâme pas. Ca te poussera à réfléchir encore plus sur qui tu es, et qui tu veux être.

Le 22 juin dernier (2013), j’ai passé plus de 48h au lit, à ne pouvoir manger, à ne pouvoir parler, à être tellement triste. Une amie est restée à mon chevet. Et c’est là, malgré les multiples crises que j’avais pu faire au cours des derniers mois, c’est là qu’elle a réalisé. Elle aussi consommait, mais elle ne voyait pas combien ça me faisait du mal. Profondément. Et ce fut dans cet ultime désespoir que j’ai décidé d’arrêter, encore, une troisième et dernière fois. Je n’y croyais pas, pas du tout, mais j’ai tenté.

Cette décision, c’est comme sauter dans l’inconnu. Pourtant cette vie sans cocaïne je l’ai eue quand j’étais jeune ? Alors ce serait comme sauter dans l’inconnu qui fut connu puis oublié…? Très bizarre comme sensation. Très bizarre.

« Pourquoi je prends de la drogue ? » ce fut ma première question. Pour arrêter, il faut reconnaitre que tu es dépendant, c’est la première marche. « J’en prends parce que je suis dépendante. Il n’y a plus rien d’occasionnel, c’est systématique. Donc je suis dépendante. »

Dans un second temps, tu vas faire face à tes amis. Le plus dur dans l’arrêt, c’est l’image renvoyée. Parce que, pour tes amis consommateurs, la cocaïne n’est pas vue comme néfaste, mais si tu n’en prends pas, alors là tu es le vilain petit canard.

Quand j’ai arrêté quatre mois en 2011, mon entourage n’a pas entendu mon appel. Pour eux, c’était plus une saute d’humeur, un coup de tête non-réfléchi, que forcément j’allais reprendre, que c’était une sorte de break purificateur ou je ne sais quoi encore.

Quand j’ai arrêté en juin dernier, personne n’y croyait encore. Il a fallu passer l’année, arriver en 2014 pour qu’ils réalisent que oui, j’ai vraiment arrêté. C’est pas sans dire que j’ai passé des mois très noirs — un trou. Ce n’est pas simple : j’ai dû me couper de la moitié de mes fréquentations, j’ai stoppé les sorties, je me sentais moche et faible. Parce que la cocaïne ne coulait plus dans mon sang et ne me disait plus à quel point j’étais belle. Parce que je n’ai eu aucun BRAVO de la part de mes amis consommateurs. Parce que c’est se remettre en question — soi-même et sa vie. J’étais presque seule sur cette route, vide de sens parfois.

« Pourquoi j’arrête ? »

De septembre à fin décembre 2013, je n’ai fait que travailler. Ecrire. Travailler. Ecrire. Travailler. Je n’avais plus que ça pour m’accrocher.

Quand je sortais le soir, c’était pour partir aux premières traces qui tournent, souvent avant minuit. Je me sentais encore plus triste. Comme un point dans un trou.

« Pourquoi j’arrête si c’est pour ne plus avoir de vie sociale ? »

Je me suis retrouvée face à mes démons. A réfléchir comme une folle. A sentir la ville grouiller, danser, s’amuser. Ca bouillonnait autour de moi, et moi, seule comme punie. Un micropoint dans un trou.

Puis j’ai ouvert ce blog. Et grâce à vos commentaires et messages, je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule. Que non, je n’étais pas le vilain petit canard. Que je pouvais être fière de mes 6 mois d’arrêt. Qu’en fait, on était beaucoup trop dans cette situation. Un point avec d’autres milliers de points dans un trou qui veulent en sortir.

Semaine dernière, je me suis achetée une paire de talons de 10 cm. Je me sens irrésistiblement sexy avec quand je foule les trottoirs de Paris pour aller à une soirée, sans cocaïne dans mon porte-feuille. C’est sexy de ne pas être une junkie!

Dans un prochain billet, je vous ferai le topo avant/après. Vous verrez, c’est très conclusif !

Juliette F.