L’arrêt ou comment devenir un point dans un trou

Tu as envie d’arrêter, tu veux arrêter. Ta décision est prise. Souffle un bon coup… C’est bien. Maintenant, le plus dur est peut-être à venir.

Dans un premier temps, tu vas te poser un millier de questions. Tout comme ces centaines de mails que je reçois, tu appréhendes vraiment la suite. Parce que depuis quelques années, ou quelques mois, tu as su t’affirmer grâce à la cocaïne, tu tapes en soirée, tu te sens confiant, tu parles beaucoup de toi et de toi face aux autres. Mais à partir de maintenant, sans elle, tu ne peux plus parler, tu vas devoir réfléchir. Et ça, ça fait mal.

Les questions que tu te poses :

— Comment vais-je dire non à une trace, une commande ?
— Mes amis, seront-ils toujours mes amis ?
— Est-ce qu’il vaut mieux que je sorte moins ?
— C’est bientôt mon anniversaire… et je vais devoir passer la soirée sans ?
— Est-ce que je vais tenir ?
— Et si je rechute ?

J’ai beaucoup lu dans vos mails « Grâce à ton blog j’ai décidé d’arrêter », et je vous réponds « Bravo pour la décision ! Tu es sur la bonne voie. Mais si tu rechutes, ne te blâme surtout pas. Si ça t’arrive, dis-toi que c’est toujours la même chanson : soirée – cocaïne – 11h du matin. Et qu’à la fin, c’est putain d’épuisant. »

Moi, j’ai fait deux rechutes, donc vraiment, ne te blâme pas. Ca te poussera à réfléchir encore plus sur qui tu es, et qui tu veux être.

Le 22 juin dernier (2013), j’ai passé plus de 48h au lit, à ne pouvoir manger, à ne pouvoir parler, à être tellement triste. Une amie est restée à mon chevet. Et c’est là, malgré les multiples crises que j’avais pu faire au cours des derniers mois, c’est là qu’elle a réalisé. Elle aussi consommait, mais elle ne voyait pas combien ça me faisait du mal. Profondément. Et ce fut dans cet ultime désespoir que j’ai décidé d’arrêter, encore, une troisième et dernière fois. Je n’y croyais pas, pas du tout, mais j’ai tenté.

Cette décision, c’est comme sauter dans l’inconnu. Pourtant cette vie sans cocaïne je l’ai eue quand j’étais jeune ? Alors ce serait comme sauter dans l’inconnu qui fut connu puis oublié…? Très bizarre comme sensation. Très bizarre.

« Pourquoi je prends de la drogue ? » ce fut ma première question. Pour arrêter, il faut reconnaitre que tu es dépendant, c’est la première marche. « J’en prends parce que je suis dépendante. Il n’y a plus rien d’occasionnel, c’est systématique. Donc je suis dépendante. »

Dans un second temps, tu vas faire face à tes amis. Le plus dur dans l’arrêt, c’est l’image renvoyée. Parce que, pour tes amis consommateurs, la cocaïne n’est pas vue comme néfaste, mais si tu n’en prends pas, alors là tu es le vilain petit canard.

Quand j’ai arrêté quatre mois en 2011, mon entourage n’a pas entendu mon appel. Pour eux, c’était plus une saute d’humeur, un coup de tête non-réfléchi, que forcément j’allais reprendre, que c’était une sorte de break purificateur ou je ne sais quoi encore.

Quand j’ai arrêté en juin dernier, personne n’y croyait encore. Il a fallu passer l’année, arriver en 2014 pour qu’ils réalisent que oui, j’ai vraiment arrêté. C’est pas sans dire que j’ai passé des mois très noirs — un trou. Ce n’est pas simple : j’ai dû me couper de la moitié de mes fréquentations, j’ai stoppé les sorties, je me sentais moche et faible. Parce que la cocaïne ne coulait plus dans mon sang et ne me disait plus à quel point j’étais belle. Parce que je n’ai eu aucun BRAVO de la part de mes amis consommateurs. Parce que c’est se remettre en question — soi-même et sa vie. J’étais presque seule sur cette route, vide de sens parfois.

« Pourquoi j’arrête ? »

De septembre à fin décembre 2013, je n’ai fait que travailler. Ecrire. Travailler. Ecrire. Travailler. Je n’avais plus que ça pour m’accrocher.

Quand je sortais le soir, c’était pour partir aux premières traces qui tournent, souvent avant minuit. Je me sentais encore plus triste. Comme un point dans un trou.

« Pourquoi j’arrête si c’est pour ne plus avoir de vie sociale ? »

Je me suis retrouvée face à mes démons. A réfléchir comme une folle. A sentir la ville grouiller, danser, s’amuser. Ca bouillonnait autour de moi, et moi, seule comme punie. Un micropoint dans un trou.

Puis j’ai ouvert ce blog. Et grâce à vos commentaires et messages, je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule. Que non, je n’étais pas le vilain petit canard. Que je pouvais être fière de mes 6 mois d’arrêt. Qu’en fait, on était beaucoup trop dans cette situation. Un point avec d’autres milliers de points dans un trou qui veulent en sortir.

Semaine dernière, je me suis achetée une paire de talons de 10 cm. Je me sens irrésistiblement sexy avec quand je foule les trottoirs de Paris pour aller à une soirée, sans cocaïne dans mon porte-feuille. C’est sexy de ne pas être une junkie!

Dans un prochain billet, je vous ferai le topo avant/après. Vous verrez, c’est très conclusif !

Juliette F.

Publicités

6 commentaires

  1. Quel auteur parisien se cache derriere ce pseudonyme ….. ? Trop bien écrit pour ne pas être un fake……

  2. C est samedi soir et pour moi aujourd hui et depuis qq mois un soir comme les autres, en route vers le clean, quelle libération, bravo a tous ceux et celles qui osent arrêter !!! Bravo Juliette F.

  3. Je suis héroïnomane, j’étais une camée, une sale tox quand les cocaïnomanes passaient pour des simples fêtards…Les 2 n’ont rien de similaire, si ce n’est cette addiction sans fin. A 90 ans, devant la mort, je devrais lutter encore. Brown sugar mon amour, brown sugar ma destruction…
    Aujourd’hui ça fait 5 ans que ne coule plus qu’un sang pur dans mes veines. Oublié les jours de manques…
    Je te souhaite de trouver l’inspiration naturelle, la confiance innée qui fait que sans aucun produit ton esprit est libre, ouvert, ton coeur est sociable, ta vie est facile et coule simplement…
    Et j’espère que de nos expériences à tous, nos enfants auront appris, appris que vivre ça se fait les yeux grands ouverts…
    Bonne route à toi

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s