Mois: juin 2014

Un an

Hier soir, j’ai soufflé ma première bougie – un an sans cocaïne.

Le parquet glissant du Baron a accueilli mes pas de danse jusqu’au petit matin. En réalité, je fêtais une autre nouvelle. Ce n’est qu’à mon réveil, que je me suis souvenue qu’une année avait passé.

Nous parlions, hier soir, de la mémoire qui fait défaut et de ces souvenirs que l’on finit par oublier. Je suis tellement dépassée par d’autres événements que j’en oublie cet anniversaire. Et dans un sens, je pense que c’est plutôt convainquant parce que là serait peut-être la clé de toute la question.

Pour en finir avec la blanche, il faut l’oublier.

Oublier le bien qu’elle nous procurait, oublier son goût, ses effets, oublier les soirées, les descentes. Oublier qu’on a arrêté. L’oublier pour de bon.

Il y a encore quelques jours, j’ai débarqué chez des amis aux alentours de 20 heures. A peine arrivée sur le palier, les voix mélangées et la musique trop forte se faisaient entendre. J’ai imaginé la cocaïne et les pailles en papier roulées sur la table basse du salon. J’ai imaginé ces garçons assis autour, en train de siffler de longues lignes. J’ai imaginé leur reniflement, puis la cigarette qu’ils allument. Tout ça je l’ai bien imaginé, mais je ne l’ai pas vu : mes yeux ne le voient plus. Et je suis passée devant eux sans m’attarder sur leur friandise.

La force pour arrêter, c’est l’ignorance.

Hier soir, j’ai dansé. La vodka m’a transportée, le dj set enflammé aussi. Je n’ai plus besoin d’elle parce que je n’ai plus peur de moi-même. Je me sens confiante en ce que je fais et ce que je suis. Je tiens les rênes de ma vie comme jamais auparavant.

La force pour arrêter, c’est réapprendre à s’aimer.

Le blog existe depuis octobre 2013, soit huit mois. Merci à tous ceux et celles qui me suivent, commentent les billets, donnent leur avis, leur espoir et rêves. Je sais que certains replongent, que d’autres baissent complètement les bras, que d’autres encore tiennent grâce à mes conseils depuis l’ouverture du blog. C’est pourquoi je n’arrive pas à le fermer, je continuerai donc d’écrire ici pour vous soutenir.

Bravo à tous, quant bien même il advient être difficile de s’en sortir, en avoir conscience est déjà un grand saut en avant. Mon livre va bientôt être publié, je vous tiens au courant de sa date de sortie dès que possible. Vous allez pouvoir me rencontrer autour de tables rondes que je souhaite mener sur le sujet.

En attendant, très bonnes vacances à vous tous !
MJF

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Les effets indésirables de la cocaïne

Dont-be-a-Square

On parle très peu des effets indésirables de la cocaïne. Des sujets tabous que l’on n’ose aborder. Pourtant, il y en a, et c’est peu dire de les décrire comme infâmes. C’est la part noire de la blanche.

Si vous prenez de la coke, je pense qu’au fond de vous, vous savez exactement ce que je pointe du doigt. Pour ceux qui n’y connaissent rien, je vais tenter de façon la plus polie possible de vous décrire tout cela.

1 – La coke, ça fait chier.

Dans le sens premier du terme. Un rail — ou bien, seulement à la vue même de traces dessinées — et le transit se met en route. Sous ses airs de poudre bourgeoise, se cache cette horrible nature : la cocaïne semble être le laxatif le plus puissant connu à mes jours (mieux que le pruneau ou les fibres). Je ne vais pas vous faire un topos de trois pages sur le sujet, je pense que vous pouvez facilement vous faire une idée.

2 – La coke, ça donne des infections.

On sait que Kate Moss a dû se refaire le nez plusieurs fois pour l’esthétisme, mais aussi à cause des multiples infections de la peau et du cartilage. Des broches le maintienne désormais. S’il est infecté, le nez doit subir une biopsie et des examens divers. Quelle violence !

3 – La coke, ça fait maigrir mais seulement pour un temps.

Au début la coke semble nous donner une maitrise du corps. Les battements de coeur et la pression sanguine jouent sur la perte d’énergie et donc de poids. Imaginez, si 10 cigarettes par jour brûlent environ 200 cal, combien une ligne peut nous faire fondre. Sauf que, ce n’est valable que les premières années. Très vite, le corps s’habitue et retrouve son poids normal, voire supérieur. L’alcool prend le dessus, la bouffe aussi, avec les fringales le lendemain où tu peux manger comme quatre, un énorme plat de pâtes qui viendra te plomber le ventre et redescendre avec moins de difficultés.

4 – La coke, ça fait renifler et ça gratte.

Sans en avoir toujours conscience, une personne qui consomme a des sortes de tics très flagrants. Elle renifle et se gratte constamment le nez — les pieds et la tête, parfois aussi. Ces gestes deviennent si quotidien qu’elle ne constate pas qu’ils sont loin d’être naturels.

5 – La coke, ça rend con.

Qu’elle soit présente en soirée et qu’elle ait vocation de plaisir et d’échanges, ses fonctions recherchées finissent par s’inverser pour ne laisser place qu’à l’antipathie et l’isolement. Une superbe étude réalisée par des spécialistes zurichois, publiée en janvier 2014 dans la revue PNAS, montre sur un lot de souris piquées à la cocaïne, qu’elles finissent par, au fur et à mesure de leur dépendance, ne plus jouer entre elles. L’interaction avec autrui ne les intéressent plus. Elles ne sont qu’à la recherche d’un plaisir personnel, en quête de drogue. En bref, ça rend con.

6 – La coke, ça rend mytho.

Les gens sous cocaïne sont tellement imbus de leur personnalité, contrôlé par les excitants, que leurs histoires en sont décuplées, comme leurs idées. Ils pensent que le monde leur appartient et qu’ils sont hissés sur un piédestal. Forcément, ce maximum de confiance en soi amène à mentir, inconsciemment. Ils en deviennent mytho. « Tu gagnes 5000 par mois ? Eh bien… »

Berlin, ville (sans) lumières

Ville sans lumière parce que souvent, la nuit, les lampadaires sont éteints. Les rues deviennent de longues allées sombres. 

La dernière fois que j’ai couru Berlin, c’était en mars 2013. Je n’avais pas encore pris le chemin de l’arrêt, j’étais d’ailleurs au summum de cette foire cokée.

Il neigeait et la ville semblait continuellement plongée dans la nuit. Malgré mon rythme effréné pour la visiter, je passais plus de temps à danser dans les clubs ou à taper dans un immense et confortable loft loué pour une poignée d’euros sur Air BnB. Entourée d’amis, je me sentais follement seule.

Le Berghain nous avait accueilli plus de quinze heures d’affilée. A la fin, j’avais l’impression d’être dans le ventre du diable. La musique electro et son soundsystem impeccable, les gens déguisés, la fête et ses multiples drogues, tout avait beau paraître sensationnel, je m’écoeurais le ventre, les os et le cerveau.

Je ne veux plus jamais y remettre les pieds.

Autant dire combien j’appréhendais le jour où je reviendrai à Berlin. Si je n’y ai pas mis les pieds depuis mon arrêt, c’était bien qu’elle m’effrayait trop. Aujourd’hui, je sais que je suis guérie, que la tentation n’est plus là et que, s’il s’avère qu’on m’en propose, je saurais dire non. Et puis quoi encore !

Berlin resplendit sous un soleil farouche. 34 degrés en ce début du mois de juin, je peine à ne pas chercher l’ombre.

J’ai atterri hier soir, j’ai rejoint mon amie à Sonnenallee. Nous avons dîné, vu la moitié d’un film et parce que nous étions fatiguées, nous avons plongé dans le lit. Il devait être a peine 2h30. Quelle joie !

Ma première visite ce matin fut pour Zoologischer Garten, lieu d’errance dans les années 70 de la jeune Christiane F. Bien que ce ne soit qu’une station de métro, j’ai ressenti une sensation étrange. Comme si je pouvais voir Christiane traverser la rue sans crier garde sur ses jambes maigrelettes, quémander de l’argent pour s’acheter de l’héroïne. Autour de moi, des touristes, quelques familles et des toxicomanes aussi. Toujours.

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J’imagine que le Berghain doit être rempli de jeunes qui avalent des pilules ou snifent toutes sortes de poudre.

Eux qui mendient assis sur le trottoir pour leur prochain fixe. Eux qui tapent sur la cuvette des toilettes insalubres d’un club. Eux qui boivent des bières à 80 cents la canette. Eux qui s’enfilent leur neuvième gin tonic. Eux qui me sourient, opiniâtres. Eux dont le visage remue avec frayeur, bouffé par l’ecstasy.

Berlin résonne aujourd’hui sous mes pieds, elle m’appelle à la découvrir en journée et à me baigner dans ses lacs. Ce soir, nous irons au cinéma en plein air se prélasser dans les chaises longues, à boire du vin et fumer des Vogue en attendant que demain vienne. Alors, je sais que je pourrai me lever à l’heure où, l’année précédente, je devais me coucher.

C’est une autre vie.

MJF