Berlin, ville (sans) lumières

Ville sans lumière parce que souvent, la nuit, les lampadaires sont éteints. Les rues deviennent de longues allées sombres. 

La dernière fois que j’ai couru Berlin, c’était en mars 2013. Je n’avais pas encore pris le chemin de l’arrêt, j’étais d’ailleurs au summum de cette foire cokée.

Il neigeait et la ville semblait continuellement plongée dans la nuit. Malgré mon rythme effréné pour la visiter, je passais plus de temps à danser dans les clubs ou à taper dans un immense et confortable loft loué pour une poignée d’euros sur Air BnB. Entourée d’amis, je me sentais follement seule.

Le Berghain nous avait accueilli plus de quinze heures d’affilée. A la fin, j’avais l’impression d’être dans le ventre du diable. La musique electro et son soundsystem impeccable, les gens déguisés, la fête et ses multiples drogues, tout avait beau paraître sensationnel, je m’écoeurais le ventre, les os et le cerveau.

Je ne veux plus jamais y remettre les pieds.

Autant dire combien j’appréhendais le jour où je reviendrai à Berlin. Si je n’y ai pas mis les pieds depuis mon arrêt, c’était bien qu’elle m’effrayait trop. Aujourd’hui, je sais que je suis guérie, que la tentation n’est plus là et que, s’il s’avère qu’on m’en propose, je saurais dire non. Et puis quoi encore !

Berlin resplendit sous un soleil farouche. 34 degrés en ce début du mois de juin, je peine à ne pas chercher l’ombre.

J’ai atterri hier soir, j’ai rejoint mon amie à Sonnenallee. Nous avons dîné, vu la moitié d’un film et parce que nous étions fatiguées, nous avons plongé dans le lit. Il devait être a peine 2h30. Quelle joie !

Ma première visite ce matin fut pour Zoologischer Garten, lieu d’errance dans les années 70 de la jeune Christiane F. Bien que ce ne soit qu’une station de métro, j’ai ressenti une sensation étrange. Comme si je pouvais voir Christiane traverser la rue sans crier garde sur ses jambes maigrelettes, quémander de l’argent pour s’acheter de l’héroïne. Autour de moi, des touristes, quelques familles et des toxicomanes aussi. Toujours.

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J’imagine que le Berghain doit être rempli de jeunes qui avalent des pilules ou snifent toutes sortes de poudre.

Eux qui mendient assis sur le trottoir pour leur prochain fixe. Eux qui tapent sur la cuvette des toilettes insalubres d’un club. Eux qui boivent des bières à 80 cents la canette. Eux qui s’enfilent leur neuvième gin tonic. Eux qui me sourient, opiniâtres. Eux dont le visage remue avec frayeur, bouffé par l’ecstasy.

Berlin résonne aujourd’hui sous mes pieds, elle m’appelle à la découvrir en journée et à me baigner dans ses lacs. Ce soir, nous irons au cinéma en plein air se prélasser dans les chaises longues, à boire du vin et fumer des Vogue en attendant que demain vienne. Alors, je sais que je pourrai me lever à l’heure où, l’année précédente, je devais me coucher.

C’est une autre vie.

MJF

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8 commentaires

  1. J’éspère que toute ton histoire est vrai du début à la fin . Si tel est le cas :
    ton blog, ton style d’écriture sont vraiment incroyables !

    1. J’essaie d’être la plus précise possible quant à mon histoire. Tout est vrai et je tente du mieux que je peux de faire ressentir ce que j’ai pu vivre. Et ce que je vis désormais. Merci beaucoup pour ton commentaire !

  2. Bien qu’étant totalement étrangère à ce monde-là, je trouve ton parcours très courageux. N’importe quelle addiction est difficile à chasser, la cocaïne semble impossible sinon de manière plus de définitive.
    Je t’envoie mes félicitations pour ce choix si difficile à prendre et savoure la vie, croque la à pleines dents, découvre le monde Juliette ! Mille mercis de nous faire partager ton expérience et chapeau bas !

  3. Je connais bien Berlin (et le Berghain) et ton texte est un peu réducteur. On dirait que tu vois la vie à travers un kaléidoscope en noir et blanc, celui de la coke et des soirées défonce… quelle amertume!

    Certes, c’est une réalité, la drogue existe et de plus en plus de gens en prennent, de plus en plus jeune, et se couchent de plus en plus tard… Néanmoins, la vie ne se résume pas à cela.

    Quand j’habitais Berlin, j’allais souvent au Berghain sans rien prendre, et je passais d’excellentes soirées car le son et l’ambiance étaient de qualité. Et la drogue n’était pas au centre des préoccupations, tout le monde ne consomme pas comme un acharné et pas mal de gens s’en passent très bien.

    Berlin est une ville géniale, qui regorgent d’endroits pour ceux qui aiment sortir, et la vie nocturne ne rime pas forcément avec coke et déchéance. Et pour avoir pas mal voyagé, Berlin n’est clairement pas la pire niveau drogue!

    Bref bonne continuation pour ton blog et porte-toi bien.

    Amicalement

    1. Bonjour OK !
      Merci pour ton message
      Je suis entièrement d’accord avec toi. heureusement qu’il n’y a pas que cela dans la vie, Berlin, tout comme les autres villes, est une capitale formidable où des milliers de jeunes s’amusent sans drogue.

      J’ai écrit ce post sur cette ville spécialement en hommage à Christiane F.

      Bonne continuation à toi aussi,
      MJF

  4. Il y a un an, même béance au sortir du Berghain. C’est drôle, c’était en mai 2013. Un an pour remettre les pendules à l’heure, pour se re-fonder. Hâte aussi d’y retourner pour redécouvrir la ville autrement. SI tu veux retourner au Berghain, fais moi signe, on ira sobre :)

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