Mois: septembre 2014

#Cocaine : 24 clichés d’Instagram

J’étais en train de mater le premier épisode d’une série américaine, quand une scène a soudain attiré mon attention. La fille tape une pointe de coke, seule, assise dans une grande baignoire, sans raison aucune. J’étais sidérée par l’idée de banalisation — allumer une cigarette aurait été du même enjeu. J’ai fait pause, capture d’écran et j’ai posté la photo sur mon Instagram.

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Voici comment j’en suis venue à fouiller l’appli, à la recherche de photos portant le hashtag #Cocaine (315000 publications) et #cocaïne (avec le tréma, donc français, 3400 publications). Je dois dire que j’ai beaucoup ri, j’ai eu un peu peur aussi. Je vous ai donc concocté une série de 24 clichés. A savoir, les photos appartiennent aux personnes qui les ont uploadées, je ne crédite en rien ces images (if someone recognize his instagram account, please send me an email with your contact and I will remove it, thank you!)

HASHTAG COCAINE : 24 CLICHES D’INSTAGRAM

La plupart d’entre eux sont des selfies de filles longilignes, des chats pataugeant dans la neige, des slogans propagandeurs,

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Quand on entre un peu plus dans le vif du sujet, on tombe sur des Instagrams de l’avant ou l’après prise. Pas de pudeur, ni de discrétion, tout le monde s’en fout. Les légendes sont souvent les mêmes, à coup de « super soirée » « cocaine mon amie » etc.

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Comme souvent quand on parle de coke, les people sont au premier rang. Mais Kate Moss peut désormais aller se ranger. Place aux nouvelles icônes : Lindsay Lohan, Lana del Rey ou encore Blanche Neige. La famille Hilton en prend elle aussi pour son grade, vu qu’une rumeur circule, l’accusant de s’être faite pincer le 10 septembre 2014 avec 400 kilos cachés dans le ranch (ici, un tweet instagrammé). Mais heureusement pour elle, elle ne serait propriétaire d’aucun ranch au Costa Rica.

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Sinon, avec le #cocaine, il y a la fête, avec beaucoup de ballons.

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On trouve aussi des conseils pour le lendemain, comme cette photo d’une sorte de brumisateur à l’eau saline pour décongestionner les narines éclatées par les rails. En légende, il était inscrit « #cocaine loll smh #sick », ce qui signifie plus ou moins : « #cocaine mdr j’ai mal au crâne #malade ».

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Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas donner ses coordonnées bancaires. J’ai recadré pour lui éviter un éventuel piratage, mais bon, peu importe, c’est sur son compte Insta.

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Quand la cocaïne n’est pas photographiée, certains s’essayent à la poésie.

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On retrouve les yeux, bien entendu, ces grandes soucoupes noires.

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Et puis, ça commence à vraiment se corser. Non pas que les clichés précédents soient dénotés d’une certaine gravité, mais avec les gangster armés, les valises remplies de cash, et la blanche empaquetée et prête à être livrée, on atteint un autre niveau. Quand je clique sur les profils, certains n’hésitent pas à ajouter à leur description le hashtag #drugdealer. Après tout, faut bien vendre, donc faut communiquer.

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J’avais oublié que les dealers donnent des noms aux poudres pour les différencier en fonction des dosages, coupages…

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Il est connu que les enfants soient eux aussi sur Instagram, souvent à leur insu. Mais moins avec les hashtag #coke ou #drugdealer qui suivent.

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Enfin, il y a ceux qui militent.

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Merci Instagram, tu as fait mon dimanche !

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Roman avec Cocaïne, de M. Aguéev

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Il y a quelques mois, un (petit) livre a retenu mon attention sur l’étagère d’une amie : Roman avec cocaïne, de M. Aguéev. Sitôt la 4ème de couverture lue, je me suis empressée d’aller l’acheter. Le titre, d’abord, qui donne le ton et le sujet ; la critique ensuite qui encense ce mystérieux Aguéev, le comparant à Proust et à Musil.

Commençons par le commencement. Dans les années 30, un manuscrit intitulé primitivement Récit avec cocaïne arrive par la poste à la revue littéraire russe Nombres à Paris. Le colis vient d’Istanbul. Personne ne connaît cet auteur, celui qui signe M. Aguéev. Il semblerait donc que M. Aguéev soit un pseudonyme. Ce sera par ailleurs le seul roman envoyé sous ce nom (sauf peut-être une autre nouvelle reçue de la même manière pourrait lui être néanmoins rattachée, Un sale peuple).

Longtemps, on idéalisera M. Aguéev comme étant Vladimir Nabokov. Mais cette thèse fut réfutée, en partie par sa femme, Véra Nabokov.

Une oeuvre donc, ce récit cinglant, qui raconte l’histoire de Vadim, jeune lycéen de 16 ans. L’histoire se déroule dans une Moscou frappée par la Révolution, en 1916. Vadim découvre la vie et la confusion des sentiments (il tombe éperdument amoureux de Sonia, il dit détester sa mère qui a « les joues flasques »).

Le récit se découpe en trois grosses parties — le lycée, l’amour, la cocaïne. Sauf que la troisième, celle qui porte tout l’ouvrage puisqu’elle en porte le nom, semble être la plus courte et s’achève sur des pensées loufoques, psychédéliques, une fureur intense dans laquelle le narrateur tombe sous l’emprise de la drogue.

Et, il n’y a pas de porte de sortie.

J’en suis revenue confuse, énervée, jalouse, amoureuse de ce Vadim. Il m’a eue, j’y pense encore. C’est un roman à la fois imprévisible et intemporel.

L’énigme Aguéev demeure, procurant l’étrange impression que l’écrivain a disparu après la publication de son roman. « Aguéev a peut-être bien fait de disparaitre. Après avoir tout dit. Un livre peut valoir une vie », écrivait André Brincourt. A méditer.

Voici quelques extraits :

« Pour un homme amoureux, toutes les femmes ne sont que des femmes, à l’exception de celle qu’il aime — elle est pour lui un être humain. Pour une femme amoureuse, tous les hommes ne sont que des êtres humains, à l’exception de celui qu’elle aime — pour elle, c’est un homme. »

« Mik ouvrit mon paquet (la cocaïne, dedans, était aplatie et au milieu se présentait en couche plus épaisse, se terminant au bord en ligne ondoyante et, découverte par Mik, se fendit dans l’épaisseur et eut l’air de sursauter) »

« Après la première prise, je n’avais rien senti dans mon nez, sauf peut-être, et seulement pendant un seul instant, une odeur particulière, mais non désagréable, de pharmacie, qui s’envola aussitôt que je l’aspirai. (…) je l’avalai sans faire exprès et senti aussitôt une amertume se répandre avec la salive dans ma bouche. »

« « Et notre Vadim, il est complètement dans les vapes… »
C’est Mik qui le dit. Ensuite un certain temps s’écoule, pendant lequel, je le sais, tout le monde me regarde. Je reste assis, pétrifié, sans tourner la tête. Dans le cou, j’ai toujours la même sensation : si je bouge la tête, je ferai chavirer la pièce. « Mais il n’est pas dans les vapes. Simplement, il a une réaction et il faut vite lui donner une prise. » C’est Nelly qui le dit.
Mik s’approche. J’entends qu’au-dessus de mon oreille il ouvre le sachet, mais je ne regarde pas par là. Je détourne, je baisse les yeux, je fais tout pour qu’il ne les voie pas. J’ai peur de montrer mes yeux C’est une sensation nouvelle. »

photo © Le Monde