Roman avec Cocaïne, de M. Aguéev

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Il y a quelques mois, un (petit) livre a retenu mon attention sur l’étagère d’une amie : Roman avec cocaïne, de M. Aguéev. Sitôt la 4ème de couverture lue, je me suis empressée d’aller l’acheter. Le titre, d’abord, qui donne le ton et le sujet ; la critique ensuite qui encense ce mystérieux Aguéev, le comparant à Proust et à Musil.

Commençons par le commencement. Dans les années 30, un manuscrit intitulé primitivement Récit avec cocaïne arrive par la poste à la revue littéraire russe Nombres à Paris. Le colis vient d’Istanbul. Personne ne connaît cet auteur, celui qui signe M. Aguéev. Il semblerait donc que M. Aguéev soit un pseudonyme. Ce sera par ailleurs le seul roman envoyé sous ce nom (sauf peut-être une autre nouvelle reçue de la même manière pourrait lui être néanmoins rattachée, Un sale peuple).

Longtemps, on idéalisera M. Aguéev comme étant Vladimir Nabokov. Mais cette thèse fut réfutée, en partie par sa femme, Véra Nabokov.

Une oeuvre donc, ce récit cinglant, qui raconte l’histoire de Vadim, jeune lycéen de 16 ans. L’histoire se déroule dans une Moscou frappée par la Révolution, en 1916. Vadim découvre la vie et la confusion des sentiments (il tombe éperdument amoureux de Sonia, il dit détester sa mère qui a « les joues flasques »).

Le récit se découpe en trois grosses parties — le lycée, l’amour, la cocaïne. Sauf que la troisième, celle qui porte tout l’ouvrage puisqu’elle en porte le nom, semble être la plus courte et s’achève sur des pensées loufoques, psychédéliques, une fureur intense dans laquelle le narrateur tombe sous l’emprise de la drogue.

Et, il n’y a pas de porte de sortie.

J’en suis revenue confuse, énervée, jalouse, amoureuse de ce Vadim. Il m’a eue, j’y pense encore. C’est un roman à la fois imprévisible et intemporel.

L’énigme Aguéev demeure, procurant l’étrange impression que l’écrivain a disparu après la publication de son roman. « Aguéev a peut-être bien fait de disparaitre. Après avoir tout dit. Un livre peut valoir une vie », écrivait André Brincourt. A méditer.

Voici quelques extraits :

« Pour un homme amoureux, toutes les femmes ne sont que des femmes, à l’exception de celle qu’il aime — elle est pour lui un être humain. Pour une femme amoureuse, tous les hommes ne sont que des êtres humains, à l’exception de celui qu’elle aime — pour elle, c’est un homme. »

« Mik ouvrit mon paquet (la cocaïne, dedans, était aplatie et au milieu se présentait en couche plus épaisse, se terminant au bord en ligne ondoyante et, découverte par Mik, se fendit dans l’épaisseur et eut l’air de sursauter) »

« Après la première prise, je n’avais rien senti dans mon nez, sauf peut-être, et seulement pendant un seul instant, une odeur particulière, mais non désagréable, de pharmacie, qui s’envola aussitôt que je l’aspirai. (…) je l’avalai sans faire exprès et senti aussitôt une amertume se répandre avec la salive dans ma bouche. »

« « Et notre Vadim, il est complètement dans les vapes… »
C’est Mik qui le dit. Ensuite un certain temps s’écoule, pendant lequel, je le sais, tout le monde me regarde. Je reste assis, pétrifié, sans tourner la tête. Dans le cou, j’ai toujours la même sensation : si je bouge la tête, je ferai chavirer la pièce. « Mais il n’est pas dans les vapes. Simplement, il a une réaction et il faut vite lui donner une prise. » C’est Nelly qui le dit.
Mik s’approche. J’entends qu’au-dessus de mon oreille il ouvre le sachet, mais je ne regarde pas par là. Je détourne, je baisse les yeux, je fais tout pour qu’il ne les voie pas. J’ai peur de montrer mes yeux C’est une sensation nouvelle. »

photo © Le Monde

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3 commentaires

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