We were just kids

Nous sommes le 20 octobre 2014, le blog fête son premier anniversaire. Déjà 365 jours depuis le soir où, tout au bout de moi-même, enfermée dans mon studio, j’ai ouvert une page Google et j’ai écrit les 10 conseils.

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Retour sur une année haute en couleur (non, le blanc n’est pas une couleur)

J’ai décroché en juin 2013. Les mois qui ont précédé mon arrêt, j’ai tenté comme j’ai pu de sortir de la coke. Plusieurs fois. Et je replongeais toujours. Je ne trouvais aucun conseil ni aide adéquate. Les NA, basta, j’avais tenté et ça ne fonctionnait pas. Les centres médicaux, je suis allée leur rendre visite, mais comme je ne paraissais pas en danger de mort, ils ont fait une croix sur mon dossier. Quand je faisais des prises de sang, je précisais toujours que je prenais de la cocaïne et que les pailles pouvaient se mélanger. On ne me disait rien. On ne me faisait pas la morale. On ne m’indiquait aucun chemin à suivre.

J’avais l’impression qu’il y avait un vrai problème de dialogue. Je m’explique. En deux points.

1. La cocaïne est classée en drogue dure voisine du crack, de l’héroïne, du crystal meth… Pourtant, du côté des consommateurs, elle est banalisée, minimisée. Quand une personne essaie la blanche pour la première fois de sa vie, sa réaction va être « Oh mais ça va, c’est pas si dingue que ça! » Parce qu’elle booste sans être crissante comme le speed, elle donne des idées, sans pour autant être hallucinogène. On ne peut pas à la mettre sur le même plan que les autres drogues.

Comment une personne qui ne sait pas ce que procure réellement la coke, qui ne sait pas combien elle s’assimile à l’envie de la fête, s’amuser, plaire, d’avoir confiance en soi, peut-elle vous aider ? Comment un site qui énumère pour la millième fois ses dangers peut (mis à part vous mettre en garde) vous aider ?

2. L’image artistique, grands penseurs, accès à une élite. Les années 50-60-70, Allen Ginsberg, Patti Smith, Edie Sedgwick, et j’en passe, tous nous ont mis en garde sur l’utilisation de la cocaïne et autres substances. Non, elle n’apporte pas une meilleure acuité, non elle n’ouvre pas les yeux sur l’art, non elle ne donne pas de performance physique. La cocaïne prend tout ce que tu savais, tout ce que tu voyais, tout ce que tu possédais — et elle ne te le rend jamais. La cocaïne prend toute ton énergie et elle ne te la rend jamais. Tu deviens vide et aveugle.

Sauf que très souvent, nous voyons dans les films, dans les livres l’assimilation de la blanche à cette vie foisonnante, artistique et poète. Il faut que la prochaine génération comprenne que la cocaïne n’aide ni personne, ni l’art, ni les relations. Que ce n’est qu’une impression, qu’elle finit par te brûler à petit feu.

Sans cocaïne (pas même une fois de temps en temps, je suis radicale là-dessus) je peux t’assurer que tu arriveras enfin à mieux concevoir ton futur, à mettre en ordre tes idées, à mener à bien tes projets. Sans cocaïne, tu retrouveras un oeil clairvoyant, ton esprit sera reposé et tu pourras faire face en cas de coup dur, bien mieux que si tu avais tapé il y a quelques jours, semaines…

Je me sentais très seule dans ma période d’arrêt. Parce qu’en réalité, on en parlait très peu comme il se doit. J’avais beau lire des témoignages, je ne savais pas si ces personnes avaient arrêté pour de bon. Où en étaient-elles à présent ? Que faisaient-elles maintenant ? Moi qui avais l’impression de plus pouvoir vivre ou m’amuser, je me demandais si elle y parvenaient, si elles se sentaient dépressives, heureuses, nostalgiques ?

Alors, tout au bout de moi-même, enfermée dans mon studio, j’ai ouvert une page Google et j’ai écrit les 10 conseils. Je me suis dit que forcément une, deux, voire dix autres personnes comme moi, dans le besoin, y trouveraient peut-être une réponse. Je ne pensais pas que vous seriez autant.

Récemment, un livre m’a vraiment émue : La meilleure part des hommes, de Tristan Garcia. Le livre ne parle pas de drogue mais de SIDA. Bizarrement, j’ai ressenti un certaine similitude dans l’idéalisme du « fuck sans capote » des années 80 avec celui de la cocaïne : cette idée du live fast / die young, de la rock’n’roll attitude, du je-m’en-foutisme. Bon, ce n’est vraiment pas le même sujet, mais il y a quelque chose de semblable. Je vous conseille de le lire.

Concernant les Narcotiques Anonymes, j’aimerais revoir un détail. Je pense que ce système peut fonctionner mais pas pour tout le monde. Déjà, en France, il n’existe pas de structure N.A. spécialement pour les cocaïnomanes (au Canada oui). Ici, les addictions sont toutes mélangées (tabac, héroïne, coke, crack… le sexe aussi…). Je pense qu’ouvrir les réunions en priant Dieu n’est pas vraiment adéquat et peut être bien mal perçu par certains consommateurs. Il faudrait des réunions plus petites (et non pas cinquante personnes) avec des débats, de l’aide, des sorties prévues. Pour comprendre un cocaïnomane, il faut comprendre son quotidien. Un cocaïnomane reste peu souvent seul chez lui à taper. Il le fait avec ses amis, avec son entourage. C’est une drogue sociale ! Il y a à creuser dans cette direction pour aider les cocaïnomanes.

Bonne chance à tous, merci encore !

MJF

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8 commentaires

  1. Salut Juliette! Merci pour ton blog, je vis à San Francisco depuis un an, et je ne touche plus à la coke depuis que je suis aux states, avant à Paris c’était l’horreur, ici y’a d’autres trucs mais franchement ca fait trop peur pour s’y aventurer, bravo encore!

  2. Merci pour ce blog qui me laisse une lueur d’espoir, ça fait un petit moment que je suis adepte ! J’avais quasiment réussi à enterrer cette saloperie mais depuis peu j’ai rechuté… J’en suis à ma troisième tentatives mais grâce à tes articles et de la lucidité je sais que cela est possible ! Vivement le bouquin :-) Longue vie et bon anniversaire au blog, encore merci pour ton soutien !

  3. Oh tient. Quand tu dis qu’on ne te disait rien par rapport au fait que tu consommais, que comme tu n’étais « pas en danger de mort immédiate », on s’en fichait un peu. Peu de dialogues, aussi. ça me rapelle un peu le livre de Christianne F. Ce côté « tout le monde s’en fout », sans chercher à dialoguer. Je l’ai relu dernièrement et maintenant que j’ai 21 ans je le perçois très différemment que lorsque je l’ai lu pour la première fois, à mes 14 ans. Je ne touche pas à la coke, encore moins à l’héroïne, mais plutôt à la MDMA (au final cela reste une drogue dure et une belle saloperie..). Je comprends mieux le sentiment de solitude et désespoir de Christiane, le fait que personne ne semble réellement lui prêter attention. Que la société pointe du doigt tous ces « camés », sans chercher à les aider. En les laissant seuls avec eux-même et la drogue. Je n’ai parfois pas l’impression, qu’à notre époque, en 2014, cela ait réellement changé. C’est triste..

  4. J’aime beaucoup ton blogue ; les expériences que tu y racontent et ta façon d’écrire. Par contre je tenais à te faire part que tu sembles bien mal informer sur les meeting NA, CA. Il y a plusieurs réunions avec beaucoup moins de 50 personnes, il n’est jamais question de Dieu mais bien de Puissance supérieure (peux être le vent, un être cher décédé ou oui, un Dieu) et jamais il est dit que Croire en cet puissance supérieure est une obligation, c’est plutôt une suggestion. Pour terminer plus d’une vingtaine d’activités sont organisées par année sans compter les petites soirées organisée entre membres.
    Je tenais simplement à te le préciser :)
    Pour le reste, merci pour la lecture!
    Émilie, junkie

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