Mois: novembre 2014

11e conseil pour arrêter la coke

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Voilà, ce soir c’est Thanksgiving, soit en français le Jour d’Action de Grâce, et ce billet sera donc mon action.

Suite aux mails que je continue à recevoir et après grande reflexion, j’ai pensé à une autre méthode pour arrêter la coke. Je n’ai bien entendu pas eu le temps de la tenter, mais sachant que nous ne sommes pas tous pareils, peut-être cette solution, plus longue mais moins drastique que mes 10 conseils, vous aidera !

Dans un premier temps, tu viens de réaliser que tu n’es pas « complètement accro » mais que, les soirs où on t’en propose, tu ne parviens pas à refuser. Tu salives presque à l’idée de savoir qu’à l’anniversaire de ton pote, un tel sera là, ce qui signifie que la cocaïne aussi. Oh, une petite trace, simplement parce que la vodka me fait un peu tourner la tête et que je veux tenir des heures encore. Mais la petite trace se termine toujours en quatre, six voire plus… Donc si tu prends un soir, même si au début tu te disais « juste une ligne », finalement tu prendras tout ce qu’on te mettra sous le nez. Inutile de te battre contre toi-même, c’est ainsi. Après une trace, tu ne réfléchis plus et tu te fous de toutes tes nouvelles résolutions de clean-attitude…

Voici donc une autre solution, c’est une sorte de désintoxication pas à pas.

La première étape est de passer une soirée, une seule, une toute petite soirée sans cocaïne alors que tout le monde tape autour de toi. Juste une seule. Tu dois être fort pour cette unique soirée, répondre « non merci » à chaque fois, et je te promets que le lendemain tu réaliseras que ça n’était pas si compliqué en définitive !

Suite à cette soirée victorieuse, tu es donc prêt à te donner un but, un rythme et voir dans la globalité. Par exemple, imaginons que ton anniversaire tombe le 10 janvier — je propose cette date, parce que je sais très bien que tu vas te donner tout plein d’excuses pour taper ce soir-là (c’est ta soirée alors ne nous voilons pas la face et incluons-là directement dans la perspective). Donc ton anniversaire est le 10 janvier :

– Ton but (soit l’arrêt définitif) sera le 1er mars 2015.
– Ton rythme sera une soirée sans, une soirée avec, deux soirées sans, une soirée avec, trois soirées sans, une soirée avec… jusqu’au but.
– Et ainsi, tu vois les choses dans leur globalité.

J’ai un ami qui a réussi à arrêter avec cette méthode. Lui avait plutôt adopté le rythme d’un mois sans, un mois avec. A la fin, quand il était dans sa période avec, son corps n’en pouvait tellement plus de recevoir des décharges et lui trouvait stupide de réussir à tenir un mois sans puis de s’y remettre, donc il a fini par totalement arrêter. Et toi aussi, au bout du compte, tu finiras par te rendre compte que c’est vraiment idiot de réussir à tenir une soirée sans et de prendre la soirée suivante, simplement parce que c’était dit comme étant ton rythme.

J’espère que celle-ci te conviendra, si tu tentes cette méthode, n’hésite pas à me dire ce que tu en penses.

Je file à mon dîner, très bon Thanksgiving à tous!
Juliette

« Moi qui avais l’impression d’être exceptionnelle, je réalise qu’avant ça, je n’avais jamais rien fait d’important… »

Merci à Vanessa Boy-Landry pour cette interview dans Paris Match, « La cocaine de la poudre aux yeux ».

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Insouciante et fêtarde, vous atterrissez à 20 ans dans la crème des milieux branchés de la capitale où vous constatez que la cocaïne est partout.

Juliette F. : J’avais déjà goûté à la cocaïne et aux ecstasys quand j’étais étudiante en province, mais ça restait festif, cadré. A Paris, j’ai commencé à travailler, à gagner de l’argent, et je me suis mise à côtoyer un milieu trentenaire où les gens sortaient tous les soirs. Je me rappellerai toute ma vie ma surprise, la première fois que l’on m’a offert une “trace” (ndlr: ligne de cocaïne), dans une boîte branchée. Je me suis demandé: “Mais est-ce que c’est écrit sur mon visage? Est-ce qu’ils savent que j’en ai déjà pris?” Jamais on ne m’a demandé si j’en prenais ou pas! Tout le monde faisait ça.

Vous vous définissez vous-même comme une “petite bourge” qui voulait devenir “quelqu’un de grand”.
J’étais un peu une peste. C’est ce qui gêne parfois les gens sur mon blog. Je jouissais de prendre de la cocaïne! Et je jouissais d’évoluer dans un milieu élitiste : un milieu artistique et en même temps pété de thunes… Je me sentais au sommet. Sur un piédestal. Faire la queue aux toilettes des boîtes de nuit pour me faire une ligne, ne pas avoir mangé depuis deux jours, marcher au petit matin dans Paris avec des lunettes noires… Ca collait pour moi avec l’image de l’artiste phare, de la Kate Moss mélangée à Eddie Sedgwick, la petite protégée d’Andy Warhol… Chez moi, avant de partir en soirée, je mettais du son et je me faisais une petite trace avec un irish coffee pour me booster à mort! Je me sentais irrésistible et exceptionnelle.

A travers ce que vous décrivez et grâce aux commentaires de vos lecteurs, on comprend que cette drogue se banalise…
Dans les milieux que je fréquente, étudiants en médecine, avocats, écrivains, architectes, artistes, métiers de la pub et de l’événementiel… Tout le monde consomme! Il est vrai que le prix de la cocaïne baisse à fond. Sa qualité, aussi. C’est une drogue qui donne l’impression qu’on n’a pas de problème. Quand on la consomme, on parle beaucoup plus vite, les idées s’enchaînent, et on n’a pas faim… Ce sont les gens qui ne prennent pas qui se retrouvent en marge. C’est ça, la banalisation.

Quel était votre regard sur ceux qui ne consommaient pas?
Au bout d’un moment, j’ai eu une sorte de répugnance envers eux. Ils ne pouvaient plus faire partie de mon cercle d’amis car ils ne comprenaient pas ce que je vivais dans la “descente”.  Mes sautes d’humeur, par exemple…

Vous avez consommé de la cocaïne pendant six ans. A partir de quand avez-vous eu des descentes ?
Au bout de quelques mois, mais ça allait à peu près parce que j’étais en couple. Je les ai vraiment ressenties durement quand je me suis retrouvée seule, à partir de 2012. Je perdais des semaines entières à “taper” (ndlr : sniffer) un soir et à passer les trois jours suivants au lit, et ainsi de suite. L’année dernière, je crois que j’ai passé près d’un mois au fond de mon lit… Ma vie était au ralenti sous cocaïne. J’ai perdu beaucoup de temps.

A quoi comprend-on que l’on est dépendant ?
Il y a des signes. On se gratte (le nez, les pieds), on tombe tout le temps malade (angine, mal au ventre…), mais on ne réalise pas toujours que c’est à cause de la cocaïne. Et on ne peut plus faire la fête sans consommer. Je me souviens de mon angoisse, lors de ma première tentative d’arrêt, à l’idée de passer le Nouvel an sans en prendre… Des potes me disaient: “Ca va! T’es pas non plus junkie…” C’est très vicieux et compliqué de sentir sa dépendance. J’ai des amis qui sont encore à fond dedans: tant qu’ils ne reconnaîtront pas qu’ils sont accros, ils ne comprendront pas que leur vie est ralentie. Ils ont le cœur qui bat vite, ils ont l’impression de tout gérer. Il suffit qu’ils arrêtent un mois pour voir la descente violente.

Vous réussissez à décrocher seule en vous isolant de toutes les sources de tentation. Vous vous décrivez alors comme “un point dans un trou”…
J’ai traversé une période très noire de cinq mois où je me suis sentie seule. Je n’étais rattachée qu’aux très rares personnes qui ne consommaient pas. C’était comme si la vie continuait sans moi. Je pouvais sentir Paris grouiller à travers les réseaux sociaux (les événements, les soirées…) mais je ne pouvais pas sortir. J’étais triste. Après des années de consommation, c’était le vide. J’avais l’impression de voir l’ancien moi à mes côtés et de lui dire “adieu”.  Je sortais un peu, mais je n’en avais pas vraiment envie. Je prenais du poids, j’avais moins d’énergie, mon esprit était fatigué. Je ne portais plus de talons et j’avais jeté toutes mes fringues de soirée. Je me posais beaucoup de questions: “Pourquoi j’arrête maintenant? Je m’en fous, je vais continuer ma vie de “teufeuse” jusqu’à 30 ans, j’arrêterai après…  Jusqu’où je peux aller?” Parmi mes amis, ceux qui ne consomment pas n’y croyaient pas du tout parce que j’avais déjà rechuté deux fois et les autres y croyaient encore moins.

Vous déconseillez de fréquenter les Narcotiques anonymes pour parvenir à décrocher. Ce qui vous a valu quelques commentaires salés…
Ce n’est que mon point de vue et mes conseils, qui sont loin d’être universels. J’ai très mal vécu cette expérience. Je me suis sentie jugée par celle qui devait être ma marraine et je trouvais les réunions profondément déprimantes. J’ai trouvé les gens bizarres. Très sectaires aussi. Je m’en suis sortie autrement. Par ma propre force et dans une démarche solitaire. Certains disent qu’il faut changer de milieu social, de ville… Pour l’avoir fait, je sais que ça ne sert à rien.

“Clean” depuis neuf mois, vous sentez-vous tirée d’affaire ?
Oui. Impossible que j’y retourne tant que je tiens ma vie en main. Depuis que j’ai arrêté, ça va vite pour moi: j’ai beaucoup de projets!

Etes vous parfois nostalgique de la folie des soirées poudrées ?
Non, pas du tout. Je suis allée tellement loin dans mes descentes que quand j’y repense, j’ai envie de vomir… c’est le rejet total. Et je me sens triste quand je vois toutes ces gamines qui prennent de la coke sur les tables, comme moi avant. Il a fallu que je passe par cette phase de repli, où je me suis mise à terre, où je n’ai pas montré ma face. J’ai changé ma vision du monde. Maintenant je suis passée de l’autre côté. C’est une renaissance. Ca passe aussi par le blog.

Qu’est-ce que vous avez perdu pendant toutes ces années ?
On peut dire que la coke m’a volé des amours. Les sautes d’humeurs, les pleurs, le bordel, les hurlements… Il y a beaucoup de choses que je n’ai pas réussi à gérer à cause d’elle. Sous cocaïne, on perd le contrôle de soi. J’en viens même à me demander si j’ai vraiment connu les hommes que j’ai aimés. Des amitiés, aussi. Parce que j’ai vraiment pris les gens de haut.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?
Un livre! J’aimerais écrire cette histoire. Et plus tard, peut-être créer un centre d’aide différent des Narcotiques anonymes ?

Ce blog, vous l’avez démarré en octobre, sur un coup de tête. Quel regard portez-vous dessus aujourd’hui?
Il m’a permis de comprendre que j’étais sur la bonne voie.  J’ai l’impression d’aider à ma façon, à travers mon vécu et sans m’afficher. J’ai été très surprise par l’empathie et la gentillesse des gens. Tant de générosité me bouleverse! J’avais tellement l’impression d’être en marge du monde, de ne plus faire partie de rien… Tous les messages que je reçois aujourd’hui donnent du sens à ce que j’ai traversé. C’est une étape importante de ma vie dont je me souviendrai sur mon lit de mort!  Moi qui avais l’impression d’être exceptionnelle, je réalise qu’avant ça, je n’avais jamais rien fait d’important…

Bonus : la scene hilarante du film True Romance de Tony Scott

Bisous,
Juliette F.