Après la cocaïne, l’héroïne s’invite en soirée

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S’il te plait, ne prend pas cette petite ligne grise.

Depuis quelques mois, je constate qu’à vivre en dehors du tourbillon, les choses s’accélèrent et prennent une tournure vraiment étrange. Comme je sors moins, on me raconte. La dernière en date, elle s’appelle Héroïne et s’avère être de plus en plus conviée aux soirées.

Je discute avec cette jeune fille qui étudie à la Sorbonne. Ses longs cheveux blonds s’envolent quand le vent passe sur ses épaules. Elle me dit qu’elle aime la fête, danser jusqu’à avoir mal aux chevilles, mais surtout rencontrer de nouvelles personnes, « D’où mon attirance pour la drogue, ça me permet de créer un lien, je me sens moins timide » ajoute-t-elle. Elle me dit qu’elle tape de la coke en club, en appartement, surtout quand on lui propose parce qu’elle n’achète presque jamais. Elle me dit tout ça, peut-être pour se rassurer ou pour que je ne la juge pas. Et je ne la jugerai pas, jamais.

Je vois qu’elle hésite soudain. Elle a baissé la tête. Son visage a changé d’air, un air contrit. Elle fait rouler ses billes avec frénésie sous ses paupières. Puis elle m’avoue d’une voie fébrile sa rencontre, en début d’année, avec l’héroïne.

Il est cinq heures. La jeune fille n’en peut plus de toute cette coke qu’elle s’est envoyée depuis le déclin du jour. Pourtant, elle doit retourner chez elle, la soirée s’essouffle, certains partent déjà. Mais elle sait qu’il lui sera impossible de s’endormir, à tourner et se retourner encore dans son lit. La coke lui électrise la tête. Autour d’elle, les lumières semblent diminuer. Elle attrape son sac à main quand un homme s’approche, ils se connaissent un peu, ils échangent quelques phrases. Ca lui donne du temps, se dit-elle, pour que la coke redescende…  « Tu veux essayer, ça peut te calmer ? » Sur la table, une toute petite ligne grise. Elle ne connait pas encore, mais elle sait. Elle sait depuis longtemps. Celle dont tout le monde se méfie, parce que dite vulgaire ou n’appartenant qu’aux junkies, celle qui rend accro dès la première prise. Elle a lu Christiane F., elle a vu le film aussi. Elle adorait des chanteurs, des acteurs, qui ont succombé à une overdose. Elle sait depuis longtemps.

Pourtant, la jeune fille allume une cigarette puis, nerveuse, elle accepte la paille. Toujours la même question « T’es sûr que je serai pas complètement accro avec une ligne ? » et toujours la même réponse « Mais non, faut se piquer pour ça… » alors elle se penche vers cette toute petite ligne grise pour la découvrir. Les ombres grandissent, les visages se détendent et les pupilles deviennent minuscules.

Finalement, elle en tapera une deuxième, quelques heures plus tard.

Le lendemain, elle se sent sale. La grise a recouvert ses muscles, ses veines, son coeur d’une fine couche cendrée, comme si elle mourrait de l’intérieur. Elle hésite à prendre une douche, mais sortir du lit semble être le bout du monde. Son dimanche sera long, à naviguer sur Internet, à regarder des séries entre deux sommeils lourds. Elle se répète, « Plus jamais ! »

Et pourtant, les jours passent et, au fond de son ventre, il y a une petite voix étrangère qui l’interpelle. Qui lui rappelle. Au début, cette voix la surprend. Elle veut l’ignorer mais rien n’y fait, la voix continue. Pour lui remémorer cette montée sur le canapé, cette sensation curieuse qu’elle n’avait jamais ressenti jusqu’à présent. Une petite voix la suit, s’enfuit parfois quelques jours, réapparait soudain. C’est Héroïne, une voix qui veut devenir ta meilleure amie.

La jeune fille aurait aimé ne pas la recroiser sauf qu’un soir, Héroïne a de nouveau été conviée. La jeune fille n’a pas réussi à refuser, parce qu’au fond de son ventre, cette voix n’avait jamais cessé son monologue pour la conquérir. Ca s’est déroulé à l’identique : la coke qui la maintenait trop éveillée, le besoin s’endormir bientôt pour se lever demain, alors deux petites lignes grises pour s’assoupir et arrêter de penser.

La voix s’est amplifiée, elle ne la quittera plus jamais.

Cette histoire est une parmi tant d’autres. Mais, de plus en plus, on me la raconte. A Paris, à Berlin, à Barcelone, en province. Et même si je ne sais rien à propos de l’héroïne, même si je ne la connais pas, même si je ne peux pas te donner les clés pour arrêter, je veux tout de même te dire ces mots : s’il te plait, ne prend pas cette petite ligne grise. Et si un jour on te propose, j’espère que ce sera ma voix qui résonnera au fond de ton ventre.

— Lolita

Extrait de mon livre (disponible ici)

« Dès que je sors dans un bar ou un club de ma petite ville, je scrute les gens qui m’entourent et je constate que beaucoup d’entre eux ont plongé. Le serveur, le mec en cravate, la blonde pimbêche, la petite bourge qui me ressemble. Il est rare de rencontrer une personne qui dise :
« Non, non, moi je ne prends jamais rien. »

Il ne m’aura fallu que quelques semaines pour avoir de nouveau un numéro de dealer régulier et recommencer comme en quarante. Je sors dans les appartements, tape jusqu’au petit matin, puis je rentre, la tête à l’envers, pour rejoindre ma chambre d’enfant. (…)

On prend beaucoup de cocaïne et je vois de l’héroïne tourner. « Nous, on la tape. En fait, il ne faut surtout pas se piquer, sinon c’est comme ça que tu deviens accro… » J’ai peur de confondre les traces, de taper cette saleté grise. J’évite leurs visages, l’héroïne leur donne des pupilles minuscules comme des têtes d’épingles. Moi, pour sûr, je préfère encore mes grandes soucoupes noires. »

« C., la face noire de la blanche » Lolita Sene, éd. Robert Laffont

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10 commentaires

  1. A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    Et même si je ne sais rien à propos de l’héroïne, même si je ne la connais pas, même si je ne peux pas te donner les clés pour arrêter, je veux tout de même te dire ces mots : s’il te plait, ne prend pas cette petite ligne grise. Et si un jour on te propose, j’espère que ce sera ma voix qui résonnera au fond de ton ventre.

  2. Foutaises, inanités, balivernes, conneries plus grosses que vous, bande de bourges pédants déchirés au kérosène.

    « Aaaah mais taper de la C c’est moins grave que se mettre de la shmack dans le pif gros. »

    Vous n’avez donc rien compris ?! Que l’addiction n’est pas une question de produit mais une question d’état d’esprit, d’idiosyncrasie ?

    J’ai toujours préféré l’héro à la coke, les speedballs aux freebase.
    Vous venez me casser les ovaires, vous autres aux narines blanchâtres, alors que ma brune Sister Morphine titille mes récepteurs Mu et peu à peu, me fait miroiter un monde voilé d’une douce irréalité.
    J’ai envie de vous tarter, vous et votre logorrhée, vous et votre coupe de champagne, vous petits bourgeois pétris de certitudes.

    Vous vous regardez dans la glace en vous trouvant bandant(e)s, moi je me fous de votre gueule, avachie comme une loque dans votre canapé dispendieux. Je suis un bug dans la matrice à cette heure tardive mais PUTAIN qu’est-ce que c’est bon de se sentir anesthésiée.

    Vous me regardez de haut, du très haut de votre tour d’ivoire (et je me marre en songeant à votre redescente, durant laquelle vous grelotterez et aurez une terrible envie de chier…), arrogants, boursouflés d’un orgueil et d’une audace factices…
    « Ah putain elle a l’air totale chéper l’autre, là ! *renâcle bruyamment* Putain quelle sous-race, ces camés *renâcle encore* T’as pas un trait à me dépanner mec ? »

    L’ironie de l’addiction à la C, c’est que vous êtes certain de pas vous être fait cramer par le prod’. Vous êtes tellement PUISSANTS.
    Alors que moi, dans ma grande lucidité, je savais d’entrée de jeu que je perdrai la bataille.

    1. Polalaaaa… T’as juste tout dis!
      Tout à fait d’accord avec ce que tu as écris…!

      Par moments j’me dis que je devrais reprendre le dessus sur cette guerre! Laisser tomber l’héro, et toutes les galères…
      Mais notre « amie » est plus forte que nous…!

  3. Chère Juliette
    L’héroïne est assez rarement grise mais plutôt marron foncé à clair. D’autre part, elle ne recouvre pas « les muscles et les veines d’une fine couche cendrée comme si on mourrait de l’intérieur » mais ouvre la voie d’une plénitude absolument foetale. Par rapport à l’énergie électrisante de la coke, c’est l’extase de la contemplation. C’est pour ça qu’on a envie d’y retourner.
    Hormis ces précisions, votre constat ou plutôt ce qu’on vous rapporte -l’héroïne qui se banalise notamment en soirée- est juste.
    Bien à vous
    Virginie

    1. Bonjour Virginie
      Alors pour les veines recouvertes d’une « fine couche cendrée comme si on mourrait à l’intérieur » c’est pour caractériser la descente. Après en effet l’héroïne est plutôt marron mais j’en ai déjà vu en soirée, et sous les lumières basses on a presque l’impression qu’elle est grise. Bon et puis après moi je n’en ai jamais pris donc j’ai essayé de retranscrire comme je pouvais. Merci pour vos précisions!

  4. Un ami est mort il y a déjà 1 mois à cause de cette merde d’héroïne il s’est pendu car il ne voulait plus se mentir. Alors je ne comprends pas pourquoi se « venter », être fière ou je ne sais pas quoi cette drogue est tellement vicieuse qu’elle vous change, vous n’êtes plus l’ombre de vous même lui ça l’a tuer. Mais la cocaïne a failli tuer mon copain aussi et je te remercie pour tes conseils cela l’a aider à arrêter enfin du moins le temps ou je suis avec lui en soirée… Il m’avait déjà menti par rapport à cela donc je ne sais plus lui faire confiance la dessus …

  5. Pour connaître depuis des années, je suis assez d’accord avec Brownie coke,héro.;etc ce n’est pas une question de produit mais de mécanismes psychologiques!! Pour échanger bcp avc des cocaïnomanes, des fumeurs de joints, nous nous retrouvons à penser les mêmes choses, à fonctionner exactement pareil!! Alors c’est clair que le discours « on tombe accro plus vite à l’héro qu’à la coc » c’est un pur cliché qui s’avère être faux… bien sûr il y à une dépendance physique, mais avec la came recoupée que l’on tape aujourd’hui ce n’est pas du jour au lendemain, pas en une ou deux ou quinze prises…cela dépend totalement de ce qu’il y à dans la tête de la personne!! Pas un seul camée ne va vivre son addiction de la même manière, donc c’est clair que ces discours sont emprunts d’ignorance, et de naiveté..et prouve qu’un bon nombre n’ont pas vraiment compris ce qu’est la toxicomanie…Mais je salue ton travail Lolita, cependant je pense que la prévention en ce qui concerne les drogues est assez présente aujourd’hui, et même depuis un moment… j’ai 28 ans aussi, et je ne suis pas d’accord avec toi quand tu dis que tu écris ce livre pour faire de la prévention, car toi tu ne l’as pas connu… alors que je pense que c’est avant tout pour toi que tu l’as écrit, une manière d’exorciser ton passé, de faire un travail thérapeutique..et par la mm occaz sa peut faire de la prévention. Et tant mieux si ton livre peut aider des personnes, et surtout tant mieux que celuii ci t’es soulagée, et aider à avancer ;)

  6. Si tu veux devenir parano prend de la coke, si tu veux devenir con et aigris prend de l’héro, si tu veux devenir schizo fume du shit, si tu veux devenir bipolaire bouffe du LSD, si tu veux avoir mal au dents prend du speed… Il n’y a pas de mauvaise drogues, mais des mauvais consommateurs. Et de toute façon de nos jours, la coke c’est du speed, à la lidocaine, l »héro de la codéine à la cafféine, le speed la maizena a mémé. Même la beuh c’est du verre… Quand tu choisis de te droguer, tu acceptes en quelque sorte de te faire en***er. Et lorsque que t’est bien dedans jusqu’au cou, tu te rends compte que tu t’ai construit ta propre prison, et comme chacun le sais, le plus dur, c’est pas d’y rentrer, mais de pouvoir s’évader.

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