Cocaine

Craving quand tu nous tiens

Ce craving que je raconte ci-dessous s’est fait ressentir en juillet dernier.

Je regarde par la fenêtre ce morceau de ciel noir et les appartements en face. La nuit s’étire par-dessus les toits, on ne voit aucune étoile. Je me prépare doucement pour sortir, c’est vendredi soir. J’ai servi un peu de vin rouge dans deux verres, un ami va bientôt me rejoindre. Je cherche dans mon sac un briquet pour allumer une bougie, et peut-être ignorer par ce geste cette autre flamme qui accapare soudain mon esprit.

Je pense comme une dingue à une autre amie que j’avais autrefois : la cocaïne.

Cette envie de l’avoir me vient d’un coup et de façon irraisonnée, là maintenant debout près de la fenêtre. Ca me prend la bouche, les yeux, je sens son goût sur ma langue. J’imagine rouler une paille, puis m’évader. J’imagine une nuit, seulement une, auprès d’elle, tendre amie auprès de laquelle je pensais me découvrir et m’affirmer. Je vois la poudre que l’on doit écraser, mes mains vibrer en tenant une carte qui tapote contre la table. Je sens mes veines, le fourmillement dans les bras, je me revois quand le soleil se lève enfin.

Les images d’autrefois façonnent dans mon coeur une envie coléreuse, que je sais pourtant n’être que passagère. Alors je dois me focaliser sur son côté sombre, me souvenir de sa malveillance, de sa férocité, de ses manipulations. Je sais que ce craving va durer trente minutes, peut-être une heure. Puis il s’en ira… Et de nouveau, enfin, je pourrais réfléchir normalement. Le craving fait chavirer, nous déstabilise, nous montre nos faiblesses. Il faut savoir qu’il peut être présent des années encore après l’arrêt, et espérer que ça soit de moins en moins récurrent.

Depuis que j’ai arrêté, j’ai eu 3 gros cravings. Les deux premiers, j’étais seule et ça m’a pris comme le tourbillon d’une vague vous emporte de l’autre côté d’une plage. Le dernier en date, j’étais à une soirée. La poudre s’alignait devant mes pupilles, les autres tapaient et je devenais de plus en plus envieuse à les regarder faire. J’aurais pu sombrer, mais j’ai réussi à me ressaisir. Je pense qu’une des forces a été de ne pas partager ma pensée avec ceux qui m’entouraient (sinon peut-être m’auraient-ils incitée ?) Je n’ai rien dit, à serrer les dents, les muscles. Puis quand ce fut trop, je me suis enfuie pour rentrer chez moi. C’était la meilleure solution.

Donc si vous avez un craving, il y a deux cas de figure possibles :

– vous êtes seul chez vous. Affrontez l’idée. Dîtes-vous que c’est normal d’avoir des envies. Il faut simplement savoir qu’au bout du compte, ça s’atténue toujours. Il faut résister. Ce n’est pas parce qu’un craving survient, que c’en est fini et qu’on va retomber dedans… Non, le craving ne dure pas éternellement et il fait même parti du processus d’indépendance.

– vous êtes à une soirée, et la poudre est là. Ne dites surtout pas que vous en avez envie. Et partez.

L’effet « nouvelle année »

Vous avez été bien plus nombreux à m’écrire cette nuit-là, surtout quand minuit a enfin passé. Il doit y avoir un effet « nouvelle année / nouvelles résolutions ». Certains ont préféré rester seuls pour ne pas être tenté, d’autres ont crissé des dents à voir tout ce monde courir se réfugier aux toilettes une fois le dîner avalé. D’autres ont baissé les bras… (mais il faut tirer le meilleur de ces rechutes pour réaliser le lendemain que ça n’en valait pas la peine, et surtout ne pas s’en vouloir. On finit par y arriver.)

Un lecteur m’a écrit « Mon meilleur ami est un méchant petit sac » — un autre encore « J’ai une maitresse, elle s’appelle Cocaine ».

Ce qui est assez bizarre quand on arrête la blanche, c’est qu’au bout du compte, on finit par oublier. Il m’arrive parfois de penser « et si toute cette foire n’avait été que dans ma tête ? Et si la C. n’était pas vraiment une perdition ? » Comme je ne traine plus vraiment avec des personnes qui tapent, forcément je suis moins exposée à ce fléau. Mais il suffit d’une soirée, ou bien de recevoir à nouveau vos messages, pour réaliser que la C. reste un vrai problème.

Mon nouvel an s’est déroulé dans un bel appartement du Xème. Des têtes bien remplies, des personnes cordiales et chaleureuses, une musique au poil. On a bien bu, on a bien mangé, c’était vraiment royal !

Puis, la cocaïne a commencé à tourner. Le salon s’est un peu vidé, chacun cherchant à prendre en catimini. Ce qui est vraiment dommage avec la coke, c’est qu’elle isole, parce qu’après une trace il faut parler. Donc forcément, les gens restent accoudés autour du miroir pour discuter, longtemps, de philosophie, de leur vie, de leurs amours aussi. Moi, j’avais bu et j’étais prise d’une irrésistible envie de danser. Comme je ne voulais pas attendre qu’ils aient fini, j’ai préféré les accompagner à la salle de bains — même si cela signifiait les voir à l’oeuvre. Quand ils tapaient, je tournais la tête. Quand on m’en proposait, je refusais, toujours avec sourire. On ne peut leur en vouloir : leur geste résonne de générosité, ils souhaitent simplement offrir, pour partager cette nuit de façon plus particulière, plus dévergondée et ainsi que tout le monde finisse à l’aube.

Quand je suis rentrée chez moi, le soleil n’était pas encore levé, aux alentours de 6 heures du matin, ce qui est assez tard finalement. Je me suis réveillée vers 11 heures, la tête barrée à cause du Champagne — je vous l’accorde — mais pas plus. Et j’ai pu profiter de ce premier jour de l’année, par ailleurs très ensoleillé.

A bientôt !
Juliette

11e conseil pour arrêter la coke

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Voilà, ce soir c’est Thanksgiving, soit en français le Jour d’Action de Grâce, et ce billet sera donc mon action.

Suite aux mails que je continue à recevoir et après grande reflexion, j’ai pensé à une autre méthode pour arrêter la coke. Je n’ai bien entendu pas eu le temps de la tenter, mais sachant que nous ne sommes pas tous pareils, peut-être cette solution, plus longue mais moins drastique que mes 10 conseils, vous aidera !

Dans un premier temps, tu viens de réaliser que tu n’es pas « complètement accro » mais que, les soirs où on t’en propose, tu ne parviens pas à refuser. Tu salives presque à l’idée de savoir qu’à l’anniversaire de ton pote, un tel sera là, ce qui signifie que la cocaïne aussi. Oh, une petite trace, simplement parce que la vodka me fait un peu tourner la tête et que je veux tenir des heures encore. Mais la petite trace se termine toujours en quatre, six voire plus… Donc si tu prends un soir, même si au début tu te disais « juste une ligne », finalement tu prendras tout ce qu’on te mettra sous le nez. Inutile de te battre contre toi-même, c’est ainsi. Après une trace, tu ne réfléchis plus et tu te fous de toutes tes nouvelles résolutions de clean-attitude…

Voici donc une autre solution, c’est une sorte de désintoxication pas à pas.

La première étape est de passer une soirée, une seule, une toute petite soirée sans cocaïne alors que tout le monde tape autour de toi. Juste une seule. Tu dois être fort pour cette unique soirée, répondre « non merci » à chaque fois, et je te promets que le lendemain tu réaliseras que ça n’était pas si compliqué en définitive !

Suite à cette soirée victorieuse, tu es donc prêt à te donner un but, un rythme et voir dans la globalité. Par exemple, imaginons que ton anniversaire tombe le 10 janvier — je propose cette date, parce que je sais très bien que tu vas te donner tout plein d’excuses pour taper ce soir-là (c’est ta soirée alors ne nous voilons pas la face et incluons-là directement dans la perspective). Donc ton anniversaire est le 10 janvier :

– Ton but (soit l’arrêt définitif) sera le 1er mars 2015.
– Ton rythme sera une soirée sans, une soirée avec, deux soirées sans, une soirée avec, trois soirées sans, une soirée avec… jusqu’au but.
– Et ainsi, tu vois les choses dans leur globalité.

J’ai un ami qui a réussi à arrêter avec cette méthode. Lui avait plutôt adopté le rythme d’un mois sans, un mois avec. A la fin, quand il était dans sa période avec, son corps n’en pouvait tellement plus de recevoir des décharges et lui trouvait stupide de réussir à tenir un mois sans puis de s’y remettre, donc il a fini par totalement arrêter. Et toi aussi, au bout du compte, tu finiras par te rendre compte que c’est vraiment idiot de réussir à tenir une soirée sans et de prendre la soirée suivante, simplement parce que c’était dit comme étant ton rythme.

J’espère que celle-ci te conviendra, si tu tentes cette méthode, n’hésite pas à me dire ce que tu en penses.

Je file à mon dîner, très bon Thanksgiving à tous!
Juliette

#Cocaine : 24 clichés d’Instagram

J’étais en train de mater le premier épisode d’une série américaine, quand une scène a soudain attiré mon attention. La fille tape une pointe de coke, seule, assise dans une grande baignoire, sans raison aucune. J’étais sidérée par l’idée de banalisation — allumer une cigarette aurait été du même enjeu. J’ai fait pause, capture d’écran et j’ai posté la photo sur mon Instagram.

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Voici comment j’en suis venue à fouiller l’appli, à la recherche de photos portant le hashtag #Cocaine (315000 publications) et #cocaïne (avec le tréma, donc français, 3400 publications). Je dois dire que j’ai beaucoup ri, j’ai eu un peu peur aussi. Je vous ai donc concocté une série de 24 clichés. A savoir, les photos appartiennent aux personnes qui les ont uploadées, je ne crédite en rien ces images (if someone recognize his instagram account, please send me an email with your contact and I will remove it, thank you!)

HASHTAG COCAINE : 24 CLICHES D’INSTAGRAM

La plupart d’entre eux sont des selfies de filles longilignes, des chats pataugeant dans la neige, des slogans propagandeurs,

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Quand on entre un peu plus dans le vif du sujet, on tombe sur des Instagrams de l’avant ou l’après prise. Pas de pudeur, ni de discrétion, tout le monde s’en fout. Les légendes sont souvent les mêmes, à coup de « super soirée » « cocaine mon amie » etc.

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Comme souvent quand on parle de coke, les people sont au premier rang. Mais Kate Moss peut désormais aller se ranger. Place aux nouvelles icônes : Lindsay Lohan, Lana del Rey ou encore Blanche Neige. La famille Hilton en prend elle aussi pour son grade, vu qu’une rumeur circule, l’accusant de s’être faite pincer le 10 septembre 2014 avec 400 kilos cachés dans le ranch (ici, un tweet instagrammé). Mais heureusement pour elle, elle ne serait propriétaire d’aucun ranch au Costa Rica.

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Sinon, avec le #cocaine, il y a la fête, avec beaucoup de ballons.

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On trouve aussi des conseils pour le lendemain, comme cette photo d’une sorte de brumisateur à l’eau saline pour décongestionner les narines éclatées par les rails. En légende, il était inscrit « #cocaine loll smh #sick », ce qui signifie plus ou moins : « #cocaine mdr j’ai mal au crâne #malade ».

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Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas donner ses coordonnées bancaires. J’ai recadré pour lui éviter un éventuel piratage, mais bon, peu importe, c’est sur son compte Insta.

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Quand la cocaïne n’est pas photographiée, certains s’essayent à la poésie.

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On retrouve les yeux, bien entendu, ces grandes soucoupes noires.

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Et puis, ça commence à vraiment se corser. Non pas que les clichés précédents soient dénotés d’une certaine gravité, mais avec les gangster armés, les valises remplies de cash, et la blanche empaquetée et prête à être livrée, on atteint un autre niveau. Quand je clique sur les profils, certains n’hésitent pas à ajouter à leur description le hashtag #drugdealer. Après tout, faut bien vendre, donc faut communiquer.

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J’avais oublié que les dealers donnent des noms aux poudres pour les différencier en fonction des dosages, coupages…

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Il est connu que les enfants soient eux aussi sur Instagram, souvent à leur insu. Mais moins avec les hashtag #coke ou #drugdealer qui suivent.

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Enfin, il y a ceux qui militent.

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Merci Instagram, tu as fait mon dimanche !

L’envie de blanche

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Il y a quelques jours, j’ai eu une envie. Minuscule, imperceptible, mais bien présente. Et peut-être cela me parcourra à vie ? Cet instant fragile où l’on se dit « après tout, pourquoi pas…? » pour finalement revenir sur mes pas jusqu’à se sentir amère d’avoir pu y penser. Nous sommes humains, et la vie nous rend sensibles.

Mais la réponse est unilatérale : non, je ne remettrai pas une paille dans mon nez. Non, je n’appellerai pas un dealer. Non, je ne ferai pas ça. Y penser me donne le tournis.

Pour contrer l’envie, il faut trouver d’autres friandises. Du bon vin, un restaurant du quartier, le vélo, le yoga… Personnellement, je me suis prise de passion pour le pilate (à ne pas confondre avec le Power Plate!) une sorte de gym-yoga. Chaque jour, à raison de 30 minutes, parfois une heure, je me recentre avec ces exercices. Tu peux trouver des cours de pilate sur Youtube.

Retour sur l’article phare. Comme je le considère comme péremptoire à blog, je le remets en tête. Dix conseils pour arrêter la coke… Dix conseils… Cela parait long, laborieux. Pourtant (et heureusement) on y arrive. Et si je devais n’en donner qu’un seul, de conseil, il se résumerait en deux mots, simplement : « Sois différent »

N’hésite pas à me faire part de tes histoires ou me poser des questions, soit en commentant cet article, soit en m’envoyant un mail à : moijulietteF@gmail.com

Arrêter la cocaïne : mes 10 conseils

Les effets indésirables de la cocaïne

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On parle très peu des effets indésirables de la cocaïne. Des sujets tabous que l’on n’ose aborder. Pourtant, il y en a, et c’est peu dire de les décrire comme infâmes. C’est la part noire de la blanche.

Si vous prenez de la coke, je pense qu’au fond de vous, vous savez exactement ce que je pointe du doigt. Pour ceux qui n’y connaissent rien, je vais tenter de façon la plus polie possible de vous décrire tout cela.

1 – La coke, ça fait chier.

Dans le sens premier du terme. Un rail — ou bien, seulement à la vue même de traces dessinées — et le transit se met en route. Sous ses airs de poudre bourgeoise, se cache cette horrible nature : la cocaïne semble être le laxatif le plus puissant connu à mes jours (mieux que le pruneau ou les fibres). Je ne vais pas vous faire un topos de trois pages sur le sujet, je pense que vous pouvez facilement vous faire une idée.

2 – La coke, ça donne des infections.

On sait que Kate Moss a dû se refaire le nez plusieurs fois pour l’esthétisme, mais aussi à cause des multiples infections de la peau et du cartilage. Des broches le maintienne désormais. S’il est infecté, le nez doit subir une biopsie et des examens divers. Quelle violence !

3 – La coke, ça fait maigrir mais seulement pour un temps.

Au début la coke semble nous donner une maitrise du corps. Les battements de coeur et la pression sanguine jouent sur la perte d’énergie et donc de poids. Imaginez, si 10 cigarettes par jour brûlent environ 200 cal, combien une ligne peut nous faire fondre. Sauf que, ce n’est valable que les premières années. Très vite, le corps s’habitue et retrouve son poids normal, voire supérieur. L’alcool prend le dessus, la bouffe aussi, avec les fringales le lendemain où tu peux manger comme quatre, un énorme plat de pâtes qui viendra te plomber le ventre et redescendre avec moins de difficultés.

4 – La coke, ça fait renifler et ça gratte.

Sans en avoir toujours conscience, une personne qui consomme a des sortes de tics très flagrants. Elle renifle et se gratte constamment le nez — les pieds et la tête, parfois aussi. Ces gestes deviennent si quotidien qu’elle ne constate pas qu’ils sont loin d’être naturels.

5 – La coke, ça rend con.

Qu’elle soit présente en soirée et qu’elle ait vocation de plaisir et d’échanges, ses fonctions recherchées finissent par s’inverser pour ne laisser place qu’à l’antipathie et l’isolement. Une superbe étude réalisée par des spécialistes zurichois, publiée en janvier 2014 dans la revue PNAS, montre sur un lot de souris piquées à la cocaïne, qu’elles finissent par, au fur et à mesure de leur dépendance, ne plus jouer entre elles. L’interaction avec autrui ne les intéressent plus. Elles ne sont qu’à la recherche d’un plaisir personnel, en quête de drogue. En bref, ça rend con.

6 – La coke, ça rend mytho.

Les gens sous cocaïne sont tellement imbus de leur personnalité, contrôlé par les excitants, que leurs histoires en sont décuplées, comme leurs idées. Ils pensent que le monde leur appartient et qu’ils sont hissés sur un piédestal. Forcément, ce maximum de confiance en soi amène à mentir, inconsciemment. Ils en deviennent mytho. « Tu gagnes 5000 par mois ? Eh bien… »

Berlin, ville (sans) lumières

Ville sans lumière parce que souvent, la nuit, les lampadaires sont éteints. Les rues deviennent de longues allées sombres. 

La dernière fois que j’ai couru Berlin, c’était en mars 2013. Je n’avais pas encore pris le chemin de l’arrêt, j’étais d’ailleurs au summum de cette foire cokée.

Il neigeait et la ville semblait continuellement plongée dans la nuit. Malgré mon rythme effréné pour la visiter, je passais plus de temps à danser dans les clubs ou à taper dans un immense et confortable loft loué pour une poignée d’euros sur Air BnB. Entourée d’amis, je me sentais follement seule.

Le Berghain nous avait accueilli plus de quinze heures d’affilée. A la fin, j’avais l’impression d’être dans le ventre du diable. La musique electro et son soundsystem impeccable, les gens déguisés, la fête et ses multiples drogues, tout avait beau paraître sensationnel, je m’écoeurais le ventre, les os et le cerveau.

Je ne veux plus jamais y remettre les pieds.

Autant dire combien j’appréhendais le jour où je reviendrai à Berlin. Si je n’y ai pas mis les pieds depuis mon arrêt, c’était bien qu’elle m’effrayait trop. Aujourd’hui, je sais que je suis guérie, que la tentation n’est plus là et que, s’il s’avère qu’on m’en propose, je saurais dire non. Et puis quoi encore !

Berlin resplendit sous un soleil farouche. 34 degrés en ce début du mois de juin, je peine à ne pas chercher l’ombre.

J’ai atterri hier soir, j’ai rejoint mon amie à Sonnenallee. Nous avons dîné, vu la moitié d’un film et parce que nous étions fatiguées, nous avons plongé dans le lit. Il devait être a peine 2h30. Quelle joie !

Ma première visite ce matin fut pour Zoologischer Garten, lieu d’errance dans les années 70 de la jeune Christiane F. Bien que ce ne soit qu’une station de métro, j’ai ressenti une sensation étrange. Comme si je pouvais voir Christiane traverser la rue sans crier garde sur ses jambes maigrelettes, quémander de l’argent pour s’acheter de l’héroïne. Autour de moi, des touristes, quelques familles et des toxicomanes aussi. Toujours.

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J’imagine que le Berghain doit être rempli de jeunes qui avalent des pilules ou snifent toutes sortes de poudre.

Eux qui mendient assis sur le trottoir pour leur prochain fixe. Eux qui tapent sur la cuvette des toilettes insalubres d’un club. Eux qui boivent des bières à 80 cents la canette. Eux qui s’enfilent leur neuvième gin tonic. Eux qui me sourient, opiniâtres. Eux dont le visage remue avec frayeur, bouffé par l’ecstasy.

Berlin résonne aujourd’hui sous mes pieds, elle m’appelle à la découvrir en journée et à me baigner dans ses lacs. Ce soir, nous irons au cinéma en plein air se prélasser dans les chaises longues, à boire du vin et fumer des Vogue en attendant que demain vienne. Alors, je sais que je pourrai me lever à l’heure où, l’année précédente, je devais me coucher.

C’est une autre vie.

MJF