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Dernier cri

Je crois qu’il n’y a rien de plus ennuyeux que les blogs qui s’essoufflent mais continuent de publier en commençant leurs articles par un « ça fait longtemps que je n’ai rien posté ici… » ou un « les statistiques de mon blog… » tant il n’y a plus rien à raconter. Vous êtes encore nombreux à m’écrire, pour me poser des questions à propos de la coke ou simplement savoir comment je vais. Je décide donc, en ce matin de presque octobre 2015 – 6h35 – de prendre une dernière fois ma plume ici, avant de continuer ma route entre écriture et oenologie, peinture et voyage.

Vous pourrez toujours me suivre (mon site) ou bien (mon twitter).

Je vais bien, ça, c’est certain ! Pour ceux qui ont suivi, j’ai publié un récit en mars dernier, où je pense tout raconter à propos de la coke, du moins de ce que j’en ai vécu. Je me suis dévoilée pour tenter de venir à bout de ce sujet qui n’en finit pas de faire du bruit. J’ai eu la chance de faire des rencontres extras avec lecteurs, journalistes, monde de l’édition et écrivains. Mais aussi, de vivre parfois cette impression d’être enfoncée six pieds sous terre à cause de commentaires troublants et remarques dénigrantes. Jusqu’à me demander pourquoi cette violence, qu’est-ce qui pousse à être si dur avec les mots, doigts sur clavier ? Remettre en doute la véracité de mes propos, penser que je mens ou imaginer un coup médiatique… Mais non ! J’ai écrit cette histoire pour porter un éclairage, justement celui que je n’avais pas eu à 20 ans, et espérer que le prochain qui hésite à taper une ligne de coke en soit complètement dissuadé.

Ce qui m’amène à repenser aux réflexions très spéciales, que je peux encore lire, à propos du roman de Louisiane Dor « Les méduses ont-elles sommeil ? » lequel traite (presque) du même sujet que le mien : drogue, jeunesse, Paris. Avalé cet été, je ne peux que saluer la sincérité de son histoire, tant je me suis retrouvée à plusieurs reprises dans des situations aussi rocambolesque que sa narratrice. Depuis, j’échange avec Louisiane et cette relation épistolaire me réconforte dans l’idée que oui, c’est idiot d’être jaloux, que oui, ça aurait été nul que je me braque simplement parce qu’on a sorti des livres paraissant au prime abord similaires mais qui restent, au fond, uniques donc différents. Chacun porte en lui une histoire à raconter, elle nourrit ses viscères jusqu’à lui donner maux et fureurs. Pour s’en détacher, pour la tuer, il faut prendre un stylo et la coucher sur papier. Et ça porte bien plus ses fruits que de fouetter un auteur.

Pendant mon voyage en Inde ce mois dernier, j’ai rencontré l’auteur Deepti Kapoor. Elle vit à Goa et a publié au début de l’année un roman intitulé « Mauvais Garçon » et traduit aujourd’hui en France (Seuil). Elle y raconte aussi une jeune fille qui tombe amoureuse d’un mec et de la poudre. L’histoire se déroule à New Delhi, mais hormis ce détail, les diagonales convergent avec celles de mon roman ou celui de Louisiane. Parce qu’ici ou ailleurs, la cocaïne continue son chemin pour emprisonner les coeurs d’une génération en quête de sensation, de reconnaissance et d’elle-même.

Déjà deux années (28 mois, pour être exacte) sans une ligne de cocaïne, laquelle a bel et bien été remplacée par des lignes d’écriture. Je viens de boucler mon deuxième roman et m’attèle à la rédaction d’une pièce de théâtre que j’espère mettre en scène courant 2016. Deux années aussi depuis l’ouverture de ce blog, en octobre 2013, déjà. Heureuse, très heureuse d’avoir pu vous conseiller et vous épauler, chers lecteurs, d’en avoir aidé quelques-uns d’entre vous aussi. Et triste, un peu, de vous quitter. Bonne continuation à tous et n’oubliez pas : Soyez différents !

— Lolita Sene (Juliette F.)

Pour commander mon livre en format kindle « C. La face noire de la blanche », celui de Louisiane « Les méduses ont-elles sommeil ? » ou encore celui de Deepti « Mauvais Garçon ».

Extrait de « C., la face noire de la blanche »

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Chapitre 23 

Nous voici en décembre, les fêtes s’annoncent. J’affronte chaque soirée comme une guerre psychologique. Une torture que je m’inflige devant les autres : je salive toujours autant de les voir en prendre. Je ressens la dépendance me tirailler de la tête jusqu’au cœur.

Je bois pour oublier l’envie, pour finalement en avoir encore plus envie. L’alcool appelle la cocaïne, comme le café appelle la cigarette. Il suffit d’un verre, et c’est la catastrophe : j’ai les méninges qui tournent en boucle, des réflexions démesurées sur le sujet me vampirisent toute la soirée.

Quand c’en est trop, je saute dans un taxi, ivre et triste de me découvrir ainsi.

Je compte les jours « sans », les nuits « sans ». Deux mois et demi me paraissent tellement peu face à ce qui s’apprête à être définitif. Je m’oblige autant que possible à fréquenter des personnes qui ne consomment pas, pour être sûre de ne pas avoir d’écart et me protéger. Bien qu’elles se fassent rares autour de moi, je m’y accroche pour ne pas vaciller.

Je commence aussi à me fixer de nouvelles règles, plus strictes encore. J’efface tous mes numéros – adieu Booba ! Dépenser de l’argent pour une poudre qu’un simple éternuement suffit à faire s’envoler me déprime.

Ensuite, j’emménage seule. Bien que l’isolement m’inquiète – que vais-je faire si j’ai une crise, ou si je m’ennuie ? –, je dois me retrouver, intérioriser un peu. Seule face à ma propre image, face à mon être, il n’y a pas de comédie qui tienne. Si je prends une trace, ce n’est pas pour défendre une certaine image. Si je prends une trace, c’est parce que j’en veux une. Quand on habite à plusieurs, on se réconforte comme on peut, on estime qu’il y a moins de problèmes, l’autre supporte les écarts et les sautes d’humeur. Il agit de même aussi, parfois – il est notre miroir.

Le studio ressemble à une petite boîte en carton. Il n’y a pas de place pour deux, seulement pour moi. Les fenêtres donnent uniquement sur une cour privée entourée d’immeubles gris. Je n’aurai plus comme spectacle la vue sur la rue, avec toute son énergie remuante, les passants, la circulation. La sensation d’être prisonnière du reste de la ville me ronge certains soirs de solitude. Je passe de longues heures à scruter ces murs si serrés, l’espace restreint, la petite lumière pâle, et me force à admettre que cet ensemble n’a pas volonté à m’étouffer mais à me réconforter.

Je tente de remettre en ordre mon quotidien, en m’attaquant au mémoire de recherche qu’on doit rendre pour la fin de l’année. Mon temps se divise alors entre l’écriture et les soirées que je ne peux vraiment pas éviter.

Et c’est au moment où j’acceptais à peine cette séparation à vie que j’ai replongé. Je pensais maîtriser et pourtant, il a suffi d’une soirée.

Alors qu’on vient de finir de dîner en tête à tête et que le vin fuse dans mon sang, là, assise sur le bout du canapé, quand il sort le pochon, qu’il aligne les lignes, que sa carte tapote la poudre, là, alors que personne ne me voit sauf lui, là, à cet instant, alors que j’en ai irrésistiblement envie, il m’en propose. Mes yeux brillent, mon cœur bat. Très fort. Sa demande fait écho dans mes oreilles. Je ne sais plus si j’ai le droit ou non. Presque trois mois que je suis clean, pas une ligne et pourtant rien n’a changé. Mes démons ne me lâchent pas. Une ligne, juste une, pour oublier ce mec d’hier, ou simplement pour faire la fête… Une ligne pour oublier ma fatigue, mon quotidien…. Ça fait si longtemps que je n’ai pas tenu toute une nuit… J’en ai irrésistiblement envie. « La moitié, sinon, il dit pour me rassurer, pas besoin de tout prendre…
— Oui, c’est vrai. Et puis juste une, ça ne peut pas me faire de mal ! » je balance en m’approchant.
En fait, il n’a pas idée de l’état dans lequel je suis, combien c’est dangereux pour moi, un aller vers l’enfer assuré. Il n’a pas idée de ma tristesse, de mon désarroi, de ma perdition. Qu’il ferait mieux de me soutenir au lieu de m’en fournir. J’aurais aimé trouver la force de me souvenir de la poudre comme mauvaise farce, ce manège malsain que j’avais en horreur. Mais là, au bout du canapé, j’ai gommé de ma mémoire le mal pour ne penser qu’au bien – cet état de plénitude dans lequel elle va m’envoyer.

S’il m’en propose, ce n’est en aucun cas par méchanceté mais plutôt par nostalgie. Où est donc passée la Juliette avec qui je partageais ma poudre ? doit-il penser inconsciemment. On prenait de la cocaïne ensemble parce qu’on aimait ça et qu’on ne se connaissait qu’à travers ce chemical relationship. S’il en prend seul, il n’y a plus le même enjeu. S’il en prend seul, il reconnaît qu’il est dépendant. Le cocaïnomane préférera toujours partager sa drogue, parce qu’il faut avancer à deux, dans cette nuit qui va être longue – et malgré ses multiples tentatives de m’entraîner dans ses débauches, encore des années plus tard, il restera mon ami.

Le dîner s’est achevé vers huit heures le matin, à danser, à parler de sujets incompréhensibles, à s’embrasser avidement.

Cette petite ligne s’est transformée en une série d’autres bien pleines, toute la soirée. Puis le samedi suivant, puis le lundi, puis le jeudi, puis le week-end suivant encore, puis le mercredi, le jeudi, le lundi, encore le jeudi suivi du vendredi… J’ai replongé pendant plus d’un an.

C’était à prédire – arrêter dans ces conditions était trop risqué. Continuer de côtoyer ce monde en pensant que j’allais être assez forte pour lui faire face et me maîtriser, confondant de naïveté. Toute cette foire boueuse dans laquelle je pataugeais démontrait combien je n’étais pas prête.

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Après la cocaïne, l’héroïne s’invite en soirée

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S’il te plait, ne prend pas cette petite ligne grise.

Depuis quelques mois, je constate qu’à vivre en dehors du tourbillon, les choses s’accélèrent et prennent une tournure vraiment étrange. Comme je sors moins, on me raconte. La dernière en date, elle s’appelle Héroïne et s’avère être de plus en plus conviée aux soirées.

Je discute avec cette jeune fille qui étudie à la Sorbonne. Ses longs cheveux blonds s’envolent quand le vent passe sur ses épaules. Elle me dit qu’elle aime la fête, danser jusqu’à avoir mal aux chevilles, mais surtout rencontrer de nouvelles personnes, « D’où mon attirance pour la drogue, ça me permet de créer un lien, je me sens moins timide » ajoute-t-elle. Elle me dit qu’elle tape de la coke en club, en appartement, surtout quand on lui propose parce qu’elle n’achète presque jamais. Elle me dit tout ça, peut-être pour se rassurer ou pour que je ne la juge pas. Et je ne la jugerai pas, jamais.

Je vois qu’elle hésite soudain. Elle a baissé la tête. Son visage a changé d’air, un air contrit. Elle fait rouler ses billes avec frénésie sous ses paupières. Puis elle m’avoue d’une voie fébrile sa rencontre, en début d’année, avec l’héroïne.

Il est cinq heures. La jeune fille n’en peut plus de toute cette coke qu’elle s’est envoyée depuis le déclin du jour. Pourtant, elle doit retourner chez elle, la soirée s’essouffle, certains partent déjà. Mais elle sait qu’il lui sera impossible de s’endormir, à tourner et se retourner encore dans son lit. La coke lui électrise la tête. Autour d’elle, les lumières semblent diminuer. Elle attrape son sac à main quand un homme s’approche, ils se connaissent un peu, ils échangent quelques phrases. Ca lui donne du temps, se dit-elle, pour que la coke redescende…  « Tu veux essayer, ça peut te calmer ? » Sur la table, une toute petite ligne grise. Elle ne connait pas encore, mais elle sait. Elle sait depuis longtemps. Celle dont tout le monde se méfie, parce que dite vulgaire ou n’appartenant qu’aux junkies, celle qui rend accro dès la première prise. Elle a lu Christiane F., elle a vu le film aussi. Elle adorait des chanteurs, des acteurs, qui ont succombé à une overdose. Elle sait depuis longtemps.

Pourtant, la jeune fille allume une cigarette puis, nerveuse, elle accepte la paille. Toujours la même question « T’es sûr que je serai pas complètement accro avec une ligne ? » et toujours la même réponse « Mais non, faut se piquer pour ça… » alors elle se penche vers cette toute petite ligne grise pour la découvrir. Les ombres grandissent, les visages se détendent et les pupilles deviennent minuscules.

Finalement, elle en tapera une deuxième, quelques heures plus tard.

Le lendemain, elle se sent sale. La grise a recouvert ses muscles, ses veines, son coeur d’une fine couche cendrée, comme si elle mourrait de l’intérieur. Elle hésite à prendre une douche, mais sortir du lit semble être le bout du monde. Son dimanche sera long, à naviguer sur Internet, à regarder des séries entre deux sommeils lourds. Elle se répète, « Plus jamais ! »

Et pourtant, les jours passent et, au fond de son ventre, il y a une petite voix étrangère qui l’interpelle. Qui lui rappelle. Au début, cette voix la surprend. Elle veut l’ignorer mais rien n’y fait, la voix continue. Pour lui remémorer cette montée sur le canapé, cette sensation curieuse qu’elle n’avait jamais ressenti jusqu’à présent. Une petite voix la suit, s’enfuit parfois quelques jours, réapparait soudain. C’est Héroïne, une voix qui veut devenir ta meilleure amie.

La jeune fille aurait aimé ne pas la recroiser sauf qu’un soir, Héroïne a de nouveau été conviée. La jeune fille n’a pas réussi à refuser, parce qu’au fond de son ventre, cette voix n’avait jamais cessé son monologue pour la conquérir. Ca s’est déroulé à l’identique : la coke qui la maintenait trop éveillée, le besoin s’endormir bientôt pour se lever demain, alors deux petites lignes grises pour s’assoupir et arrêter de penser.

La voix s’est amplifiée, elle ne la quittera plus jamais.

Cette histoire est une parmi tant d’autres. Mais, de plus en plus, on me la raconte. A Paris, à Berlin, à Barcelone, en province. Et même si je ne sais rien à propos de l’héroïne, même si je ne la connais pas, même si je ne peux pas te donner les clés pour arrêter, je veux tout de même te dire ces mots : s’il te plait, ne prend pas cette petite ligne grise. Et si un jour on te propose, j’espère que ce sera ma voix qui résonnera au fond de ton ventre.

— Lolita

Extrait de mon livre (disponible ici)

« Dès que je sors dans un bar ou un club de ma petite ville, je scrute les gens qui m’entourent et je constate que beaucoup d’entre eux ont plongé. Le serveur, le mec en cravate, la blonde pimbêche, la petite bourge qui me ressemble. Il est rare de rencontrer une personne qui dise :
« Non, non, moi je ne prends jamais rien. »

Il ne m’aura fallu que quelques semaines pour avoir de nouveau un numéro de dealer régulier et recommencer comme en quarante. Je sors dans les appartements, tape jusqu’au petit matin, puis je rentre, la tête à l’envers, pour rejoindre ma chambre d’enfant. (…)

On prend beaucoup de cocaïne et je vois de l’héroïne tourner. « Nous, on la tape. En fait, il ne faut surtout pas se piquer, sinon c’est comme ça que tu deviens accro… » J’ai peur de confondre les traces, de taper cette saleté grise. J’évite leurs visages, l’héroïne leur donne des pupilles minuscules comme des têtes d’épingles. Moi, pour sûr, je préfère encore mes grandes soucoupes noires. »

« C., la face noire de la blanche » Lolita Sene, éd. Robert Laffont

Craving quand tu nous tiens

Ce craving que je raconte ci-dessous s’est fait ressentir en juillet dernier.

Je regarde par la fenêtre ce morceau de ciel noir et les appartements en face. La nuit s’étire par-dessus les toits, on ne voit aucune étoile. Je me prépare doucement pour sortir, c’est vendredi soir. J’ai servi un peu de vin rouge dans deux verres, un ami va bientôt me rejoindre. Je cherche dans mon sac un briquet pour allumer une bougie, et peut-être ignorer par ce geste cette autre flamme qui accapare soudain mon esprit.

Je pense comme une dingue à une autre amie que j’avais autrefois : la cocaïne.

Cette envie de l’avoir me vient d’un coup et de façon irraisonnée, là maintenant debout près de la fenêtre. Ca me prend la bouche, les yeux, je sens son goût sur ma langue. J’imagine rouler une paille, puis m’évader. J’imagine une nuit, seulement une, auprès d’elle, tendre amie auprès de laquelle je pensais me découvrir et m’affirmer. Je vois la poudre que l’on doit écraser, mes mains vibrer en tenant une carte qui tapote contre la table. Je sens mes veines, le fourmillement dans les bras, je me revois quand le soleil se lève enfin.

Les images d’autrefois façonnent dans mon coeur une envie coléreuse, que je sais pourtant n’être que passagère. Alors je dois me focaliser sur son côté sombre, me souvenir de sa malveillance, de sa férocité, de ses manipulations. Je sais que ce craving va durer trente minutes, peut-être une heure. Puis il s’en ira… Et de nouveau, enfin, je pourrais réfléchir normalement. Le craving fait chavirer, nous déstabilise, nous montre nos faiblesses. Il faut savoir qu’il peut être présent des années encore après l’arrêt, et espérer que ça soit de moins en moins récurrent.

Depuis que j’ai arrêté, j’ai eu 3 gros cravings. Les deux premiers, j’étais seule et ça m’a pris comme le tourbillon d’une vague vous emporte de l’autre côté d’une plage. Le dernier en date, j’étais à une soirée. La poudre s’alignait devant mes pupilles, les autres tapaient et je devenais de plus en plus envieuse à les regarder faire. J’aurais pu sombrer, mais j’ai réussi à me ressaisir. Je pense qu’une des forces a été de ne pas partager ma pensée avec ceux qui m’entouraient (sinon peut-être m’auraient-ils incitée ?) Je n’ai rien dit, à serrer les dents, les muscles. Puis quand ce fut trop, je me suis enfuie pour rentrer chez moi. C’était la meilleure solution.

Donc si vous avez un craving, il y a deux cas de figure possibles :

– vous êtes seul chez vous. Affrontez l’idée. Dîtes-vous que c’est normal d’avoir des envies. Il faut simplement savoir qu’au bout du compte, ça s’atténue toujours. Il faut résister. Ce n’est pas parce qu’un craving survient, que c’en est fini et qu’on va retomber dedans… Non, le craving ne dure pas éternellement et il fait même parti du processus d’indépendance.

– vous êtes à une soirée, et la poudre est là. Ne dites surtout pas que vous en avez envie. Et partez.

Je ne veux pas dormir ce soir ! Trois solutions.

La coke séduit par son illusion de gommer la fatigue et nous faire tenir jusqu’à l’aube. Sauf que, quand on arrête la cocaïne, on veut nous aussi tenir parfois jusqu’à très tard dans la nuit… L’alcool finit toujours par nous rendre ivre et fatigué, et on cherche ce qui pourra rallumer cette lumière et nous booster encore des heures. Avant, je tapais une ligne. Aujourd’hui, j’ai trouvé trois solutions miracles, sans alcool et à base de plantes : quelques gorgées d’un de ces breuvages et je vous assure une longue nuit éclatante. En finir avec la poudre et les energy drinks à la taurine.

Le Club Maté
J’ai découvert le Club Maté il y a quelques années, dans un bar du XIe arrondissement, le Zéro Zéro. C’était un dimanche après-midi, il faisait vraiment beau et un DJ jouait derrière les platines. Quand on m’a présenté la bouteille, j’ai refusé, parce que je n’avais aucune envie de boire de l’alcool. Le mec a répondu « C’est sans alcool, goûte ! » je me souviens encore de cette première gorgée, pétillante feuille de Yerba sur la langue, avec sa finale un poil amer et son sucre très discret… et il booste à mort. Je ne jure plus que par lui !

Sur leur site on peut lire : « De nombreux articles préconisent le Yerba Maté pour lutter contre la fatigue mentale et physique, soulager les maux de tête et favoriser la perte de poids grâce à son effet «coupe-faim» naturel. La feuille est également recommandé pour stimuler les performances cognitives (mémorisation, perception, apprentissage). »

La Ginger beer
On pense souvent au premier abord que c’est une vraie bière, avec de l’alcool. Pourtant non, la Ginger beer est à base de gingembre, le meilleur anti-grippe que je connaisse. On trouve la Ginger beer dans des épiceries ouvertes tard le soir. Cette boisson pique un peu, son fort goût de gingembre réveille. Pour 1€ la canette, je vous la conseille vivement !

Le Matcha
C’est une poudre de thé très finement moulue, originairement utilisée pour la cérémonie du thé au Japon. Elle a des qualités anti-oxydantes, comme le maté. Il m’est souvent arrivé, après un diner copieux et un peu trop de vin rouge, de boire une tasse de matcha et de me sentir soudain éveillée. Finir une soirée avec ce thé est assez fantastique !
Il y a plusieurs méthodes pour le préparer. Pour ma part, je l’aime concentré. Il faut faire frémir l’eau à la casserole (et non bouillir), mettre une ou deux cuillères dans une tasse et verser l’eau en fouettant. Une mousse apparait, c’est doux et chaud. J’en bois souvent l’après-midi, ou en fin de journée quand je sais que je vais faire la fête. C’est toujours mieux qu’un café.
Petit bémol, il n’est pas toujours simple à trouver en magasin et plutôt cher (mais bon, ça restera toujours moins cher qu’un gramme de coke).

Si vous avez des idées de votre côtés, n’hésitez pas à nous en faire part.

« C. La face noire de la blanche »

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Chers lecteurs,

je dois avouer que mes mains tremblent un peu de vous écrire aujourd’hui. Voilà plus d’un an que vous me suivez et c’est avec une grande joie que je vous présente mon récit « C. La face noire de la blanche ». Il sera en librairie à partir du 12 mars 2015.

Je l’ai écrit à la manière d’un roman, la narratrice s’appelle d’ailleurs Juliette. Mais cela reste mon histoire, tout ce que j’ai traversé, de ma première ligne à 19 ans, jusqu’à l’arrêt définitif où je me suis sentie enfin délivrée de l’emprise de la blanche. Cela va bientôt faire deux années que je n’ai pas touché à une ligne de coke, et je me sens bien mieux. Tout ça c’est aussi grâce à vous, merci pour votre soutien et vos échanges, qui ont été une aide précieuse.

Je continuerai d’écrire ici, pour simplement partager encore, vous tenir au courant des événements aussi, et j’espère vous rencontrer à l’occasion. D’ailleurs, pour ceux qui sont à Paris le vendredi 27 mars, je signerai mon livre à la librairie L’oeil Ecoute (Paris 6) à partir de 18h.

Lolita-Sene-CQuatrième de couverture 
C’est la Chandeleur. Deux amies, que je n’ai pas vues depuis plusieurs mois, viennent passer l’après-midi chez moi. J’ai préparé des crêpes, on a ouvert une bouteille de cidre. Tout pourrait être tranquille, une partie de cartes ou simplement bavarder, mais je les sens ailleurs. Très vite, la cocaïne s’invite au centre de la discussion. Elles racontent combien elle était bonne, le premier dealer qui n’est pas venu, l’argent qu’elles se doivent. Je ne dis rien, je n’ai plus rien à dire sur le sujet. Muette, je les considère en sirotant mon verre. Elles finissent par sortir la poudre. « Ça te dérange si on se fait une ligne ? »

À travers le personnage de Juliette, Lolita Sene raconte ses années d’addiction à la cocaïne. De sa province natale à Paris où elle travaille dans l’événementiel, du monde euphorique de la nuit aux soirées en appartement, de son cercle d’amis à ses histoires d’amour, Juliette rencontre de la cocaïne partout. Soutien factice de la confiance en soi, celle-ci s’est considérablement banalisée. Comme les autres, Juliette sombre dans la dépendance. Portrait d’une génération sans cesse en représentation, avide de rêves mais désorientée, « C.» montre toute la détermination qu’il faut pour s’affranchir de cette drogue dure et redonner un sens à sa vie.

« C. La face noire de la blanche » aux éditions Robert Laffont / en librairie le 12 mars 2015

A très bientôt !
Juliette F. / ou Lolita Sene (enfin comme vous préférez…)

L’effet « nouvelle année »

Vous avez été bien plus nombreux à m’écrire cette nuit-là, surtout quand minuit a enfin passé. Il doit y avoir un effet « nouvelle année / nouvelles résolutions ». Certains ont préféré rester seuls pour ne pas être tenté, d’autres ont crissé des dents à voir tout ce monde courir se réfugier aux toilettes une fois le dîner avalé. D’autres ont baissé les bras… (mais il faut tirer le meilleur de ces rechutes pour réaliser le lendemain que ça n’en valait pas la peine, et surtout ne pas s’en vouloir. On finit par y arriver.)

Un lecteur m’a écrit « Mon meilleur ami est un méchant petit sac » — un autre encore « J’ai une maitresse, elle s’appelle Cocaine ».

Ce qui est assez bizarre quand on arrête la blanche, c’est qu’au bout du compte, on finit par oublier. Il m’arrive parfois de penser « et si toute cette foire n’avait été que dans ma tête ? Et si la C. n’était pas vraiment une perdition ? » Comme je ne traine plus vraiment avec des personnes qui tapent, forcément je suis moins exposée à ce fléau. Mais il suffit d’une soirée, ou bien de recevoir à nouveau vos messages, pour réaliser que la C. reste un vrai problème.

Mon nouvel an s’est déroulé dans un bel appartement du Xème. Des têtes bien remplies, des personnes cordiales et chaleureuses, une musique au poil. On a bien bu, on a bien mangé, c’était vraiment royal !

Puis, la cocaïne a commencé à tourner. Le salon s’est un peu vidé, chacun cherchant à prendre en catimini. Ce qui est vraiment dommage avec la coke, c’est qu’elle isole, parce qu’après une trace il faut parler. Donc forcément, les gens restent accoudés autour du miroir pour discuter, longtemps, de philosophie, de leur vie, de leurs amours aussi. Moi, j’avais bu et j’étais prise d’une irrésistible envie de danser. Comme je ne voulais pas attendre qu’ils aient fini, j’ai préféré les accompagner à la salle de bains — même si cela signifiait les voir à l’oeuvre. Quand ils tapaient, je tournais la tête. Quand on m’en proposait, je refusais, toujours avec sourire. On ne peut leur en vouloir : leur geste résonne de générosité, ils souhaitent simplement offrir, pour partager cette nuit de façon plus particulière, plus dévergondée et ainsi que tout le monde finisse à l’aube.

Quand je suis rentrée chez moi, le soleil n’était pas encore levé, aux alentours de 6 heures du matin, ce qui est assez tard finalement. Je me suis réveillée vers 11 heures, la tête barrée à cause du Champagne — je vous l’accorde — mais pas plus. Et j’ai pu profiter de ce premier jour de l’année, par ailleurs très ensoleillé.

A bientôt !
Juliette